Le claquement des balles contre le béton poreux. Des cris bestiaux dont les non-dits donnent un goût rance à la gloire. Dans les vestiaires, le silence gronde. Julie se tait retrace la reconstruction d’une étoile montante du tennis qui a été abusée par son entraîneur. L’InsPo est parti à la rencontre de son réalisateur.
Ce 26 septembre, le cinéma Jean Eustache baigne dans l’effervescence. À l’occasion d’une soirée consacrée aux violences sexuelles, l’université populaire Unipop s’apprête à accueillir Leonardo Van Djill, réalisateur de Julie se tait. Le metteur en scène belge nous attend afin d’évoquer son premier long-métrage.
Les films sur le tennis ont la côte. Là où Challengers explorait les dynamiques d’un triangle amoureux, Julie se tait dissèque les répercussions d’une agression sexuelle et la solitude d’une adolescente emprisonnée par un vœu de silence. « Je voulais montrer que le mutisme instille de l’angoisse, que certaines choses deviennent indiscutables », abonde le cinéaste. Van Dijl a déjà exploré l’univers du sport dans son court-métrage Stéphanie. Au travers de son œuvre, il cherche à réaliser « une métaphore d’un sujet médiatisé sous le prisme d’une micro-société. »
Julie se tait, brouille les codes du coming-of-age movie. En s’ouvrant dans une quiétude monacale, le récit prend à contre-pied l’adolescence, un âge marqué par le bruit et les turbulences. Non sans pudeur, la caméra ne révèle jamais l’agression à l’écran. Malgré un sujet lourd, Van Dijl souhaitait « faire un film de l’espoir. » En diapason de l’ombre menaçante de son coach, l’entourage de Julie « permet à tous les spectateurs de s’identifier à une histoire dont ils sont tous victimes. »
« Je voulais montrer que le mutisme instille de l’angoisse. »
La jeune tenniswoman a été inspirée par le mythe d’Antigone en écho « du destin tragique d’une jeune fille qui a osé briser un tabou et les lois des dieux pour se libérer. » Tout en retenue, Tessa Van den Broeck donne vie à Julie avec sincérité. Une véritable révélation pour la jeune joueuse de tennis qui ne se destinait pourtant pas au septième art. « J’ai découvert chez ces jeunes sportifs une aisance naturelle devant la caméra. », s’épanche le metteur en scène.
Set et match donc pour un film à la saveur du Grand Chelem. Présenté lors de la semaine de la critique à Cannes, Julie se tait représentera la Belgique aux Oscars. Un tourbillon médiatique que son réalisateur aborde avec sérénité. « Je me suis consacré à ce film 24 heures sur 24 pendant des mois. Je suis honoré par l’accueil reçu. »
En couverture : Noémie Bourdiol du Cinéma Jean Eustache et Leonardo Van Dijl, réalisateur de Julie se tait. Crédit : L’InsPo


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