Lumière voilée et sièges rouges à perte de vue, voilà qu’une nouvelle rentrée s’annonce pour les amoureux du cinéma. Les Petits Courts reviennent avec une première projection qui a de quoi ravir nos étudiants de la filière franco-allemande, ou simplement les nostalgiques de leur année de mobilité. Langue étrangère de Claire Burger a su charmer par sa tendresse et ses thématiques engagées. Retour sur cet événement organisé en partenariat avec le cinéma Jean Eustache de Pessac.
Une amitié ou un couple franco-allemand ? La relation entretenue par Fanny et Léna semble difficile à qualifier. Les deux lycéennes se rencontrent lors d’un échange linguistique, d’abord chez Léna, à Leipzig, puis à Strasbourg, chez Fanny. À 17 ans, elles ne pouvaient pas être plus différentes : Fanny, timide et en proie à un mal-être profond, se prend de fascination pour Léna, militante convaincue se souciant peu du regard des autres. Mais à quel prix ?
Langue étrangère, c’est avant tout un aller-retour entre deux pays et deux langues. Pendant presque deux heures, Claire Burger nous plonge dans la complexité des rapports franco-allemands. Les traumatismes de la Seconde Guerre mondiale y sont évoqués, tout comme la montée de l’extrême droite des deux côtés du Rhin. Des sujets presque intimes pour la réalisatrice, qui a grandi en Moselle, à quelques kilomètres de la frontière.
Un énième film sur l’adolescence ? Pas que !
Au-delà d’un voyage entre deux pays, le film aborde des thématiques aussi variées que la difficulté des rapports familiaux, le harcèlement, le militantisme… au risque parfois d’être trop ambitieux. Si la question de l’engagement politique ressort, elle reste en surface, et tombe parfois dans le stéréotype. L’essence du film réside davantage dans l’évolution relationnelle entre deux adolescentes en construction. Mais le scénario dépasse la simplicité d’une romance adolescente avec la mise en place d’une seconde intrigue, que l’on ne révèlera pas pour des raisons évidentes. La réalisation nous laisse régulièrement dans le flou, mais après tout, n’est-ce pas le même sentiment que l’on rencontre face à une langue étrangère ?
Le film de C. Burger frappe aussi par son univers à la limite du psychédélique. Les scènes nocturnes oscillent entre ombres et néons de couleurs, sur fond de musique techno réalisée par la talentueuse Rebecca Warrior. Pendant que l’histoire nous captive, l’esthétique nous envoûte.
En bref, un coming of age lesbien qui fait vraiment du bien. Reste à voir s’il remportera l’Ours d’or à la Berlinale !
En couverture : Accueil par les membres du bureau des Petits Courts. Crédit photo : L’InsPo


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