Les langues régionales, grandes oubliées du système éducatif français

Pratiquées par une population vieillissante, les langues régionales peinent aujourd’hui à assurer leur transmission. L’InsPo a pu rencontrer des élèves qui les pratiquent, pour qui il est indispensable d’améliorer le cadre de leur enseignement.

La langue que l’on parle n’est pas neutre. C’est le témoin de la société à laquelle nous appartenons et de la famille dans laquelle nous avons grandi. Elle est le reflet de notre identité personnelle et de notre appartenance à un groupe plus large.

La France est un pays de culture monolingue. Elle ne reconnaît qu’une seule langue officielle de la République, qui doit être parlée par tous, à la différence de l’Espagne où les langues régionales sont inscrites dans la Constitution, ce qui les rend officielles et leur confère le statut “à préserver”. 

Pour autant, on décompte aujourd’hui une cinquantaine de langues régionales en outre-mer et une vingtaine en France métropolitaine. On peut citer le corse, le kanak, le créole réunionnais, le breton, le basque… Selon le ministère de la Culture, près de 2% de la population française parle une langue régionale. Bien que cela ne concerne qu’une faible minorité de la population, la question de la préservation des langues régionales reste centrale, profondément liée à l’identité des régions françaises.

L’école et la langue, une histoire de longue date

La transmission de la langue passe par l’éducation reçue des parents, mais aussi et surtout par l’école. C’est principalement par ce biais que s’est diffusée la langue française. Les lois Jules Ferry de 1881, en rendant l’école universelle, laïque, et obligatoire, ont fait d’elle le principal acteur de la francisation des enfants. L’apprentissage du français, couplé à une stigmatisation des langues régionales, explique en grande partie la situation actuelle des langues de France : le règlement intérieur des écoles rappelait aux élèves que la langue française devait être la seule langue parlée… On comprend bien que l’interdiction de la pratique orale de ces langues aura particulièrement contribué à leur déclin.

« C’est une non-reconnaissance de la langue qui fait partie de notre identité. »

Aujourd’hui, l’enseignement des langues régionales en France reste largement marginalisé. La loi Molac de 2021, sur la préservation des langues régionales, faisait de l’éducation l’un de ses piliers principaux et devait permettre de proposer l’enseignement des langues régionales aux élèves. Pourtant, cette mesure n’est toujours pas appliquée. Elle se heurte à la Constitution, et plus précisément à son deuxième article qui dispose que « la langue de la République est le français ».

Pour apprendre, les élèves doivent alors se tourner vers des écoles associatives telles que les Diwan en Bretagne, Calandretas en Occitanie ou Ikastolas au Pays Basque. Ces établissements dispensent partiellement, voire entièrement, leur éducation en langue régionale. Cependant, comme l’explique César, qui étudie la langue occitane à Montpellier, la particularité de ces écoles suppose des contraintes supplémentaires sur ceux qui en suivent les cursus, notamment lors des examens du Brevet des collèges ou du Baccalauréat. Ces étudiants, peu habitués à préparer des épreuves en français, se retrouvent alors désavantagés.

Nina et Youn, qui étudient en breton, ressentent bien ce désavantage et cette inéquité. « On n’a pas le droit de passer notre baccalauréat en breton. Pourtant c’est la langue avec laquelle on étudie depuis qu’on est petits. On revient en arrière sur certains acquis. Désormais, on n’a plus le droit de passer le brevet en breton, alors que quand je le passais, c’était une possibilité » signale Nina. « Le fait que les documents soient en français c’est une difficulté en plus. Et le faire au nom de l’unité de la langue et du pays, ça nous semble injuste, ça nous défavorise. C’est une non-reconnaissance de la langue qui fait partie de notre identité », ajoute Youn.

La jeunesse pour faire vivre les langues ?

Aujourd’hui, les locuteurs des langues régionales restent principalement des personnes âgées. Youn souligne un cercle vicieux : « Moins il y a de gens qui parlent le breton, moins il se parle et du coup il disparaît. Il faudrait laisser la possibilité à plus de gens d’apprendre la langue, et surtout l’encourager ». Rendre plus accessible l’apprentissage des langues régionales à l’école pourrait permettre aux jeunes de s’y intéresser, et donc de dynamiser ce qui, aujourd’hui, est en déclin. 

Offrir à nos langues régionales un second souffle porté par la jeunesse : et pourquoi pas ? Selon l’institut de sondages Cluster 17, 86% des 18-24 ans sont favorables à l’enseignement des langues régionales dans le public. L’encourager, oui !

« Il faudrait laisser la possibilité à plus de gens d’apprendre la langue, et surtout l’encourager« 

Mais l’apprentissage des langues régionales est une question politique. Les dirigeants craignent qu’en développer l’accès nuise à l’hégémonie de la langue française, et par extension à l’unité nationale. Pourtant, la reconnaissance des langues régionales est une question qui touche la réalité de nombreux français, et qui pose plus généralement la question de la reconnaissance des identités régionales. Aujourd’hui, des centaines de jeunes se mobilisent pour être entendus par les hautes sphères gouvernementales. Cela sera-t-il suffisant ? Eux-mêmes ne sont pas sûrs d’y croire. Car pour obtenir gain de cause, et afin que vivent les langues de France, il faut avant tout remettre en question la croyance selon laquelle les langues régionales et la langue française ne pourraient pas cohabiter.

En couverture, rassemblement de lycéens organisé par le collectif Pour que vivent nos langues pour la reconnaissance des langues régionales à l’école, Paris, février 2024. Crédit photo : L’InsPo.


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