En septembre dernier, notre néo-ministre de l’Intérieur, M. Retailleau, a déclaré : « L’État de droit, ça n’est ni intangible, ni sacré. » Une déclaration grave, d’autant plus inquiétante qu’elle s’inscrit dans l’élargissement de la fenêtre d’Overton.
Cette idée n’est pas neuve, sauf qu’elle est normalement portée par les détracteurs de la démocratie et notamment par l’extrême droite (ED). Cette famille politique, dont l’anti-démocratisme est constitutif, transforme le vote en outil puissant, opposant « souveraineté populaire » à « volonté des élites ». La majorité (des suffrages exprimés) conquise avec le vote permettrait de remettre en question le respect des libertés et des institutions qui les garantissent, entre autres le système judiciaire, les médias et l’opposition. M. Bardella l’a dit lui-même récemment, « le seul juge suprême c’est le peuple ».
Mais il ne faut pas s’y méprendre, ce sont les tenants de l’État de droit qui permettent au vote de s’exprimer réellement.
La fenêtre d’Overton, un concept qui désigne les idées admissibles dans l’espace public, s’élargit quant à la contestation de l’État de droit. M. Trump et Orban attaquent la Justice : d’abord dans les discours, puis dans les faits. M. Zemmour proposait de supprimer le Conseil Constitutionnel. Mme Meloni défend timidement la Justice italienne face aux attaques en règles de M. Musk… On pourrait multiplier les exemples longtemps.
On constate dans de nombreux pays occidentaux que même la droite classique contribue à cet élargissement. En France, M. Wauquiez s’est fait le relai « présentable » de la délégitimation du Conseil d’État, sans parler de notre pitoyablement dangereux ministre de l’Intérieur. Au Royaume-Uni, le Parti conservateur s’en est violemment pris à la Cour suprême pour avoir rejeté leur plan de « remigration » au Rwanda.
Bien sûr, les premières victimes d’un État sans autre contre-pouvoir que le vote seront les minorités. V. Orban nous en fait régulièrement la démonstration. Or, croire que cette répression leur serait réservée est une grave erreur.
Le RN ne proposait-il pas, dans son dernier programme, la « présomption de légitime défense » pour tout policier qui serait accusé de violence par un citoyen ? On perçoit le potentiel d’extension de cette répression à l’ensemble de la société. Ainsi, toute violence de l’État envers ses citoyens serait légitime. La « Raison d’État » serait toujours la plus forte et la meilleure.
Tout ce à quoi s’opposaient les Lumières : l’absolutisme et l’arbitraire.
Restons vigilants, car si les digues tombent, nous n’aurons plus rien pour retenir la déferlante.

Caricature : Paul Klein

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