Gilles Perret : “Redonner de la dignité et de la force aux gens”

Dans leur dernier documentaire Au boulot !, François Ruffin et Gilles Perret emmènent Sarah Saldmann, chroniqueuse sur RMC et CNews, à la rencontre de travailleurs rémunérés au SMIC, qu’elle avait qualifiés de “fainéants” et d’ “assistés”. Entretien avec Gilles Perret, co-réalisateur.

Comment vous est venue l’idée de réaliser ce documentaire ?

Ça faisait un moment qu’on voulait faire un film sur les métiers de la “deuxième ligne”, indispensables pour que le pays tienne debout : agriculteurs, caissiers, auxiliaires de vie… On voulait les documenter sans tomber dans le catalogue. La rencontre avec Sarah Saldmann a offert le moyen narratif de raconter cette histoire de façon rock and roll, drôle et émouvante, tout en créant de la confrontation. 

Vous qui étiez au départ sceptique, quel regard portez-vous aujourd’hui sur le film ?

Finalement, nos héros sont ceux avec la profondeur d’âme et les témoignages les plus forts. Au contraire avec Saldmann, plus ça passe, plus on voit que c’est creux et qu’elle ne connaît rien à la vie. On est très contents d’avoir fait ce film et d’avoir rencontré tous ces gens. Et en s’intéressant à eux, on leur donne de la dignité et de la force. 

Pensez-vous que S. Saldmann en ait tiré quelque chose ?

On reste optimistes et, à plusieurs reprises, on s’est dit “ça va marcher”. On y croyait, donc il faut aussi que le spectateur y croie. Je ne peux pas dire si elle a changé, mais il ne s’agit pas de convaincre les personnes une par une : c’est bien dans le rapport de force et dans la lutte des classes qu’on peut vraiment faire évoluer les choses.

Peut-on considérer ce documentaire comme une manière de s’intéresser à ces personnes que l’on qualifie d’”ordinaires”, mais qui, en réalité, ne le sont pas du tout ?

On leur consacre du temps. Qui a le luxe de faire ça aujourd’hui ? À la télé ou au cinéma, on ne les voit plus. On a le luxe de pouvoir laisser la parole à ces gens qui en manquent considérablement. En évitant de poser un regard de jugement, on obtient de supers témoignages. 

Comment avez-vous repéré et choisi les lieux où vous êtes allés ?

Un peu par connaissance, un peu avec un copain, et puis au fur et à mesure du film. Au début, on parlait de la question du salaire. C’est facile à déminer après une demi-journée à l’usine à poissons. Ensuite, on a creusé la question des “assistés”, ce qui nous a conduit au Secours Populaire ou territoire Zéro Chômeur. On voulait aussi aller à Grigny, la ville la plus pauvre de France. On fait en fonction.

Au boulot !, au cinéma depuis le 6 novembre.

Crédit photo : Jour2Fête


Commentaires

Laisser un commentaire