C’est un péplum que l’on n’attendait presque plus. Gladiator II a fait son entrée dans les salles mercredi 15 novembre. Entre combats sanglants, intrigues politiques et morts violentes, le film fait office de véritable défilé viril.
Gladiator II se déroule seize ans après les événements tragiques du premier volet. Ce dernier s’achevait sur la mort de Maximus, poignardé par l’empereur Commode après un ultime duel dans le Colisée. Alors qu’il n’était qu’un enfant, le fils de Maximus, Lucius Verus (Paul Mescal), reprend désormais le flambeau. Devenu adulte, il est aujourd’hui guerrier dans le royaume de Numidie, en Afrique du Nord. Mais tout s’effondre lorsque le général Marcus Acacius (Pedro Pascal) et les troupes romaines envahissent la région. Après le meurtre de sa femme et sa propre capture, Lucius est réduit en esclavage. Commence alors son parcours de gladiateur sur les traces de son père. Rome est dorénavant dirigée d’une main de fer par deux frères sanguinaires, Geta et Caracalla. Le guerrier va alors tenter de redonner à Rome sa gloire passée.
Le scénario de Gladiator II ne diffère pas tant de celui de son prédécesseur. Après tout, réussir ses suites n’a jamais été le fort de Ridley Scott (on se souvient d’Alien: Covenant…). Au-delà de l’intrigue, Ridley Scott reprend aussi de nombreux codes inhérents aux péplums, notamment la glorification excessive de la virilité. Plus que dans l’original, Gladiator II exalte la figure du « héros », qu’il soit barbare comme Hanno, interprété par Paul Mescal, ou Romain comme le général Acacius, interprété par Pedro Pascal.
L’Antiquité, un cadre par essence viriliste ?
Cette virilité guerrière se manifeste avant tout par la mise en scène de la violence, avec bien sûr un retour à l’emblématique cadre du Colisée. Pas de surprise ici, c’est bien ce que l’on attend d’un tel film : du spectacle, des combats à la pelle, des morts violentes et des scènes épiques. Gladiator II ne déçoit pas sur ce terrain, en utilisant des effets spéciaux en CGI [NDLR: effets spéciaux numériques] au service de scènes de batailles brèves mais nombreuses. On y retrouve même une naumachie – une reconstitution d’une bataille navale – qui, bien qu’improbable dans le Colisée, demeure historiquement envisageable, dans la mesure où ce genre d’événement était organisé de manière exceptionnelle dans la Rome antique.
L’Antiquité fournit ainsi un cadre pratique et propice à l’expression de la virilité guerrière, en encourageant la débauche et le spectacle dans l’imaginaire collectif. Même un héros censé incarner des valeurs positives comme Lucius excelle dans l’arène et s’adonne à des actes d’une violence extrême (les têtes coupées volent assez régulièrement). Il n’y a pas un seul personnage important qui n’ait pas un glaive, un arc ou une arbalète à la main pendant le film. Même Lucilla, l’un des deux seuls personnages féminins, reprend à son compte la célèbre phrase (par ailleurs historiquement aberrante) « force et honneur » .Il est donc difficile de ne pas voir dans ce film une glorification de cette virilité guerrière, qui est en relative concordance avec la virtus romaine, qui insiste sur une vision de l’homme comme figure guerrière et musclée, où la violence et la force physique sont érigées en valeurs cardinales.
Le corps masculin, véritable miroir de virilité
Dans les néo-péplums des années 2000 et 2010, la nudité est presque omniprésente chez les héros. Bien qu’une certaine pudeur existait dans la Rome antique, le cinéma s’est autorisé quelques libertés, et Gladiator II ne fait pas exception. Si les personnages de haut rang social sont vêtus d’or et de soie, les gladiateurs ne sont représentés qu’au travers de leur chair. La caméra s’attarde sur leurs corps transpirants, en particulier celui de Paul Mescal, dont le personnage incarne cette “virilité guerrière” typique des films à l’antique.
Des hommes à moitié dénudés certes, mais surtout choisis pour leur corps athlétique. La quasi-totalité des personnages masculins partage un critère commun : leur musculature. Du dresseur d’esclaves au général Acacius, tous exhibent cette “cuirasse de muscles”, symbole du sportif romain. Ridley Scott accentue cette glorification du physique en montrant les gladiateurs s’entraînant à mains nues. Une scène marquante montre d’ailleurs Paul Mescal affrontant un babouin pour seule arme sa force brute. Seule exception à cette cascade musculaire, les frères tyranniques siégeant sur le trône. Ces derniers incarnent tout le contraire de cette virilité : des êtres frêles, empreints d’une certaine lâcheté.
Mais atteindre cet idéal de virilité passe aussi par la souffrance. Dans les films à l’antique, l’humiliation et la douleur des héros deviennent des épreuves nécessaires à leur triomphe, et permettent de légitimer leur masculinité. Dans Gladiator II, après avoir défié son entraîneur, Lucius est contraint de ramer seul pendant des heures, au point de finir les mains en sang. On retrouve là un paradoxe intéressant chez le corps masculin, entre idéal de force athlétique et expérience du martyr.
Aucune entorse à la règle, donc, pour ce péplum qui aspire à renouer avec le succès de son prédécesseur sans réussir à s’en détacher. Comme dans beaucoup d’autres films du genre, Macrinus l’exprime bien, « la violence est un langage universel » – oserai-je ajouter masculin – qui parle aux spectateurs et spectatrices du Colisée comme à celles et ceux du cinéma.



Laisser un commentaire