Rideau rouge sur la démocratie, le regard des Californiens

Dans la nuit du 5 au 6 novembre, il aura suffi de quelques heures pour que la plus grande démocratie au monde bascule vers un avenir incertain. Conséquences du décalage horaire, la Californie, État historiquement démocrate, a observé avec impuissance cette vague rouge se diriger vers elle. Retour sur les conséquences d’une élection anxiogène, au travers du témoignage de trois étudiants californiens. 

Ce 6 novembre, au lendemain des élections présidentielles étasuniennes, le soleil semble ne pas s’être levé sur la Golden Coast. Pour une grande partie des jeunes qui étudient au sein de l’université de Santa Barbara, à 150 kilomètres au nord de Los Angeles, “le jour d’après” à la saveur d’une gueule de bois. Dans ce bastion progressiste, ses habitants demeurent partagés par l’issue de ce scrutin.

Juste avant les résultats, on annonçait encore que cette élection serait l’une des plus serrées de l’Histoire. Il aura suffi de quelques heures pour que les États-Unis basculent en rouge. Écarlate. Pour la première fois, un candidat condamné par la justice accède aux pleins pouvoirs en remportant toutes les chambres. Une position de droit divin pour un président mégalomane qui met en péril les droits des personnes sans papiers ou immigrées : “En tant qu’étudiant international, il est indéniable que nous serons confrontés à des restrictions directes en matière de visas. En 2016, plusieurs de mes amis ont dû quitter les États-Unis”, s’inquiète Ren, un étudiant d’origine chinoise. 

L’économie l’emporte sur les droits fondamentaux

Cet autre étudiant démocrate estime que ces concitoyens ont préféré privilégier “le prix de l’essence ou des burgers plutôt que défendre les droits des femmes.” Le retour de Trump incarne la victoire de l’Amérique blanche, celle des WASP (pour White Anglo-Saxon Protestant), et légitime leur rhétorique de la haine. À l’université d’État du Texas “certaines personnes ne se cachent plus pour afficher des slogans d’extrême droite réactionnaires”, s’indigne un étudiant.

Surprenant ? Pas tant que ça pour un pays qui reste intimement plus conservateur  que la plupart des démocraties occidentales. La mythification de Trump et le phénomène MAGA ont vampirisé l’espace médiatique. Si Kamala séduit les jeunes progressistes, ces derniers soulignent néanmoins un point important. La candidate ne possédait pas les arguments nécessaires afin de rassembler un peuple priorisant avant tout la situation économique…

Une société polarisée ?

Comme le rappellent ces étudiants, pour mieux comprendre les États-Unis, il faut dépasser le prisme bipartisan : “De nombreux Chinois trouvent en réalité la vie dans les États républicains plus agréable, car ils refusent le communautarisme. Ils se sentent mieux accueillis et veulent être considérés d’égal à égal”, ajoute Ren. 

Des arguments qui pourraient expliquer le choix chez certains hommes latinos de voter en faveur de Trump. Non pas sans diviser davantage la société américaine “Nous nous sentons trahies !”, assène cette étudiante hispanique. 

La ségrégation entre ces deux Amériques reste prégnante. “Les démocrates ont tenté de faire passer le sort de la nation avant la logique des partis”, abonde un étudiant. Malgré tout, l’identification partisane demeure pour les Américains un moyen de se définir : “Je connais des Américains très religieux qui fréquentent des étudiants internationaux tous les jours”, s’épanche Ren, “Même s’ils ne l’aiment pas, ils ont voté pour Trump. J’ai été choqué par le fait qu’ils ne votent pas pour des motifs économiques, mais par pur conservatisme.”

Des promesses politiques qui inquiètent

Au-delà de la surprise des électeurs démocrates, le retour de Trump pourrait avoir d’inquiétantes conséquences. Les droits des femmes étant déjà menacés, le prochain président pourrait interdire le droit à l’avortement dans tout le pays, et limiter l’accès à la contraception et à la PMA. 

Sur la question de l’éducation, il souhaite interdire les cours sur le genre et le racisme, vus comme une propagande “wokiste”. La censure de livres dits inappropriés pour les enfants pourrait également être facilitée, alors même que le nombre de signalements a explosé aux États-Unis (plus de 10 000 en un an). 

“Même s’ils ne l’aiment pas, ils ont voté pour Trump. J’ai été choqué par le fait qu’ils ne votent pas pour des motifs économiques, mais par pur conservatisme.”

La réélection de Donald Trump ne touchera pas uniquement les 345 millions d’Américains. Sur le plan environnemental, alors que la COP 29 s’ouvre à Bakou (Azerbaïdjan), le retour du républicain à la Maison Blanche compromet l’espoir de respecter l’objectif de l’accord de Paris de limiter la hausse des températures mondiales à 1,5 degré. En effet, le 47e président des États-Unis a promis de sortir desdits accords (comme il l’avait annoncé en 2017), et de réévaluer les subventions d’énergies renouvelables. Avec le risque que certains pays, comme l’Argentine de Javier Milei, soient tentés de suivre son exemple. 

Il y a par ailleurs la question épineuse de la politique internationale. Si Donald Trump souhaitait à priori arrêter de financer l’effort de guerre en Ukraine, son dernier échange avec Volodymyr Zelensky semble aller dans la direction opposée. Le président ukrainien a en effet affirmé que “la guerre se terminera plus tôt” avec Donald Trump. 

Cependant, sa position vis-à-vis du conflit israélo-palestinien risque de laisser Benyamin Netanyahou encore plus libre de ses actions, pourtant déjà peu entravées sous le gouvernement Biden. Si l’ONU a confirmé que le gouvernement israélien perpétrait bel et bien un génocide en Palestine, la relation étroite entre les deux chefs d’État ne risque pas pour autant d’en être ébranlée.

Illustration : Timothée Thieulin


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