Entre éloignement et opportunités : l’expérience des ultramarins à l’IEP

Loin de leurs îles, de leurs familles, de leurs amis, ils sont environ une vingtaine d’ultra-marins à intégrer chaque année l’enceinte de Sciences Po Bordeaux. Entre choc culturel, difficultés d’insertion mais également nouvelles opportunités, leur parcours est généralement rythmé par une succession de hauts et de bas souvent méconnus du grand public. Pour mieux comprendre cette réalité, L’InsPo vous invite à explorer en profondeur les défis auxquels sont confrontés les étudiants d’outremers.

“Malgré certaines appréhensions, ce départ, je l’attendais.” Ces mots, nombreux de nos interviewés les ont prononcés. En effet, pour de nombreux étudiants ultramarins, venir en métropole et à Sciences Po Bordeaux équivaut à une forme de consécration, à l’aboutissement d’un travail ardu portant enfin ses fruits. En quête de nouvelles expériences, ils n’hésitent pas à plonger dans l’inconnu afin de bénéficier de cette opportunité unique. Pour cela, ils sont contraints de laisser derrière eux nombre de leurs attaches, se retrouvant presque seul dans un cadre et un environnement peu familier.

Les différences culturelles, une première épreuve à surmonter ?

« Je me sentais un peu comme un alien, » confie une étudiante interrogée. Qu’il s’agisse de nouveaux arrivants ou d’étudiants plus expérimentés, le constat reste le même : les premières semaines à l’IEP, tant sur le plan académique que social, sont souvent marquées par une phase d’adaptation déconcertante. Sans aller jusqu’à parler de « choc culturel », les différences entre la métropole et les territoires d’outre-mer se font rapidement sentir. 

« À vrai dire, on s’est très vite retrouvés entre étudiants ultramarins, » raconte une autre étudiante. Ce phénomène met en lumière une réalité : dans un environnement peu familier, on se tourne instinctivement vers ceux qui partagent des repères communs. Si cette dynamique n’est en aucun cas perçue comme négative – tous soulignent la richesse des rencontres réalisées au fil du temps –, elle révèle néanmoins les défis d’intégration auxquels font face chaque année de nombreux étudiants venus d’outre-mer.

Cependant, tout n’est pas si tranché. Aujourd’hui, toutes les personnes interrogées s’accordent à dire qu’elles profitent pleinement de leur scolarité. Pour certains, le temps a permis de dissiper les a priori et de faciliter l’adaptation. Pour d’autres, c’est grâce à la mobilité et aux nouvelles rencontres qu’ils ont pu élargir leurs horizons et s’ouvrir davantage. Tous dressent alors un bilan similaire : les échanges et l’expérience finissent par transformer les obstacles en opportunités d’enrichissement personnel et collectif !

Le manque familial, entre préparation et dure réalité

Pour les étudiants ultramarins, s’intégrer dans un nouvel environnement social n’est qu’une partie des défis à relever. L’éloignement géographique et l’absence de la famille s’imposent comme des épreuves majeures, en particulier pour ceux venant de régions éloignées comme la Nouvelle-Calédonie, située à plus de 22 000 kilomètres de la métropole. Ce manque familial, souvent ressenti avec intensité, devient l’une des principales sources de découragement et de tristesse. Malgré une préparation en amont, beaucoup s’efforcent de composer avec ce sentiment d’absence. Pour y parvenir, les étudiants misent sur les appels téléphoniques et vidéo, bien que ces solutions soient parfois entravées par le décalage horaire et leur charge de travail personnel.

“Malgré certaines appréhensions, ce départ, je l’attendais.”

Cependant, tous ne sont pas complètement isolés. Certains peuvent compter sur le soutien de proches ou d’amis partageant des expériences similaires, un appui précieux qui adoucit les premières années d’études. Par ailleurs, une approche positive émerge parfois face à cette réalité. En quatrième année, par exemple, certains étudiants estiment que l’épreuve de l’éloignement leur a permis de développer des compétences utiles, notamment dans le cadre de la mobilité internationale. Cette perspective démontre que le manque peut également devenir une force et un levier d’adaptation.

Quelles aides offre Sciences Po Bordeaux à ces étudiants ?

Pour accompagner les étudiants ultramarins dans leur parcours, Sciences Po Bordeaux a déployé plusieurs dispositifs visant à faciliter leur insertion au sein de l’IEP et du territoire métropolitain. Conscient des difficultés spécifiques rencontrées par ces étudiants, l’établissement propose notamment un système de tutorat, permettant à chaque étudiant d’être mis en relation avec un membre de l’équipe pédagogique pour échanger librement sur ses impressions. 

Cependant, ce dispositif ne fait pas l’unanimité parmi les étudiants concernés. Le tutorat est en effet souvent jugé insuffisant : avec seulement deux rencontres formelles par an, il est perçu comme trop limité pour créer des liens solides ou offrir un réel soutien. Bien que les enseignants se montrent disponibles en dehors de ce cadre, nombre d’étudiants estiment que cet outil manque de visibilité et d’impact. Aussi, certains de nos interviewés critiquent les différences d’aides entre les étudiants étrangers et ultramarins, exprimant notamment leur volonté d’être traités comme ces derniers. 

Il reste encore du chemin à parcourir pour soutenir nos ultramarins, mais la dynamique est enclenchée. Les années à venir s’annoncent très prometteuses pour nos futurs étudiants d’outremers.


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