L’immigration est souvent envisagée comme un phénomène sécuritaire global. Et si on changeait de niveau ? Que se passe-t-il au guichet de la Préfecture ? Comment les titres sont-ils délivrés ou refusés ? Afin de cerner les articulations entre le personnel, le procédural et la numérisation, Janèle, membre de Paroles d’Exil – association étudiante en lien avec la Cimade, une association de solidarité avec les exilés –, s’est entretenue pour le compte de l’InsPo avec Max-Auguste, en stage à la Préfecture de la Gironde.
Max décrit un environnement informatisé où les agents sont surveillés, les dossiers apparaissent aléatoirement à l’écran et sont numérotés, et toute photo cachée pour éviter que certains soient favorisés et traités en priorité. La numérisation du processus le déshumanise et est critiquée par les associations. De plus, Max ne pense même pas qu’elle facilite le travail des agents car le système est complexe et les bugs fréquents.
Si cela transforme le travail en gestion de flux, selon les mots de Max, c’est souvent la “coopération pour naviguer dans ce système au mieux” qui est à l’œuvre. En effet, les agents ne sont pas là pour refuser des demandes, ils tentent aussi d’orienter les exilés. Si un dossier ne remplit pas les cases pour un titre en particulier, peut-être qu’il remplira les cases d’un autre. La Cimade prend aussi le relai du conseil, mais a un peu l’impression de mâcher le travail de l’État, puisque ce n’est pas censé être leur rôle. Max attribue cela au manque de personnel.
C’est au moment du guichet que la marge individuelle intervient selon lui, en se montrant “aidant et compréhensif” pour tenter “de compenser la dureté de la procédure”. Certains agents perçoivent même leur travail comme ayant un rôle social, malgré la rigorisation des consignes. Mais la barrière de la langue complexifie le travail de conseil, que ce soit à la Cimade ou à la Préfecture. Quand des indications sont données, il n’est pas sûr qu’elles aient été comprises, et ce, même si la Préfecture peut faire appel à un service de traduction téléphonique.
À Bordeaux, certaines demandes sont systématiquement refusées par manque de moyens, comme les autorisations extraordinaires au séjour (AES). Quand la Préfecture ne répond pas dans les délais, cela vaut refus. Or l’OQTF (obligation de quitter le territoire français) intervient dans le cas de ces rejets. C’est pour cela qu’il est primordial d’avoir été bien orienté, car elle est absolument à éviter, celle-ci bloquant généralement les nouvelles démarches auprès de la Préfecture. La Cimade peut alors faire appel à des avocats pour tenter de lever l’OQTF.
Crédit photo : France Info / Mourad Allili


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