La haine est dans le pré : retour sur l’accord UE-Mercosur

Des bagnoles contre des vaches. Dans un silence glacial, l’accord UE-Mercosur s’apprête à être ratifié malgré le désaccord de la France. Signé le 6 décembre dernier, le traité détricote notre exception agricole. À la clé : une concurrence sauvage, des produits dont les normes ne respectent pas nos standards, l’émission d’à minima dix millions de tonnes de CO2 supplémentaires et la dérégulation du marché bovin avec l’importation de 99 000 tonnes de viande dopée aux antibiotiques. S’ils ont faim, qu’ils mangent de la brioche … aux OGM. En espérant acheter le silence de nos paysans à coup de chèques, nos classes dirigeantes révèlent leur mépris d’une profession endeuillée par un suicide tous les deux jours. Rien de surprenant venant de l’UE qui accorde la majorité des subventions de la PAC (Politique Agricole Commune) aux géants de l’agro-industrie, gloutons véreux retenant en respiration artificielle nos exploitations familiales.

Honte aussi à la récupération politique des populistes. Si des bouffées délirantes nous assaillent à la vue d’Éric Zemmour pavanant sur un quad, il devient urgent de lutter contre la rhétorique raciste d’une extrême droite qui tente avant tout de diviser . Qu’elle soit sur l’asphalte ou dans les champs, cette France demeure celle d’en bas. Dépeints, au choix, comme des guignols sur M6 ou bien comme les assassins d’une nature qu’on prétend mieux connaître, difficile d’ignorer l’ire des agriculteurs.

« En espérant acheter le silence de nos paysans à coup de chèques, nos classes dirigeantes révèlent leur mépris d’une profession endeuillée par un suicide tous les deux jours. »

De leur côté, les syndicats agricoles illustrent le chaos ambiant. Majoritaire, la FNSEA, organisme va-de-la-gueule, impose la vision de ses gentlemen farmers, en réalité, PDG d’exploitations ultra-extensives. La Coordination Rurale possède quant à elle la tête un peu trop proche du bonnet … jaune. Sa résistance reste décrédibilisée par l’envie chez certains de s’habiller en brun. Défenseuse d’une agriculture raisonnée, La Conf’ demeure bien trop clivante pour fédérer une profession disparate, où existe un fossé entre le céréalier de la Beauce et le vigneron sancerrois.

La France lutte contre la ratification, mais elle risque de peiner à trouver les quatre pays représentant au moins 35 % de la population européenne, nécessaires pour former une minorité de blocage. Ces désaccords davantage nationaux que partisans illustrent les tensions intrinsèques à une Union qui porte désormais mal son nom. Pendant ce temps, l’extrême droite fait son nid et esquisse le crépuscule de nos démocraties.

La planète, elle, hurle toujours plus fort alors que l’on s’apprête à donner notre bénédiction à un accord mortifère. Au programme des réjouissances : saigner l’Amazonie à blanc et nous empoisonner. Et, l’Europe, passée de souveraine à bouffonne du roi, opine du chef face à la grande messe de l’ultra-libéralisme.

Illustration : Paul Klein


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