Six mois après les dernières élections législatives, force est de constater que la situation politique reste instable. En censurant le gouvernement Barnier qui reposait sur une alliance tacite avec le RN, l’Assemblée a acté l’échec du Premier ministre à former une coalition stable et durable.
Son successeur a tenté d’obtenir des partis un accord de non-censure en échange de quelques concessions, dont le lancement de discussions sur la réforme des retraites. Cet accord, finalement accepté par le parti socialiste (PS), semble fragile, alors que la question de la sincérité de F. Bayrou se pose. En effet, cette alliance de circonstance illustre plus le désir de la classe politique de ne pas paraître responsable de la crise qu’une réelle volonté politique de parvenir au compromis. Les responsables politiques ont ainsi du mal à cacher leur plus grand attrait pour la prochaine élection présidentielle que pour la résolution de la situation actuelle – et ce quelle que soit leur appartenance politique. Alors que la possibilité d’un changement de système se dessine, la classe politique semble incapable de se détacher de la conception traditionnelle du pouvoir de la Ve République, et d’accorder enfin au Parlement la place qu’il mérite.
Mettre fin à l’exception française
Car la France est bien seule en Europe : si ce n’est en Grande-Bretagne, le scrutin majoritaire n’est utilisé nulle part ailleurs – la proportionnelle prévaut. Le spectre de l’instabilité des IIIe et IVe Républiques, souvent agité pour éluder le problème, semble bien obsolète.
Les pays nordiques, parangons de la démocratie, ont bien des choses à nous enseigner sur le sujet. En Suède par exemple, chaque parti présente aux élections une liste de candidats avec un ordre prédéfini, sur lequel le citoyen peut influer pour en asseoir la légitimité. Mécaniquement, la proportionnelle fait que le nombre de partis accédant au Parlement est assez conséquent pour forcer les leaders à négocier ; de surcroît, un seuil de 4 % évite la démultiplication des partis, cauchemar honni de nos Parlements d’antan. C’est que la culture politique nordique est fondée sur le consensus. Il est tout à fait courant de discuter avec l’adversaire pour s’accorder sur un programme qui permette de dégager une majorité de gouvernement, les négociations se déroulant sous l’égide du président du Parlement.
D’aucuns avancent que la politique française est trop passionnelle pour être sujette à compromis : le système nordique a pourtant fait ses preuves, la Scandinavie étant un havre de paix en matière d’avancées sociales. La solution serait-elle toute trouvée ? Pour sortir de nos retranchements colériques et renouer le dialogue politique, il faut mettre fin à l’exception française.
Illustration : Morgane Perrier


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