Mayotte, quand la tempête révèle les fractures de la République

“Mayotte… J’ai envie de croire à ta reconstruction et surtout à ta résurrection, même si ton nom vient littéralement de l’arabe Mayat qui signifie mort, actuellement le seul mot qui résonne quand on parle de toi… J’aime croire que tu reviendras plus forte. Pour moi, ton destin n’est pas scellé et c’est la résilience des Mahorais qui triomphera. Ça j’en suis convaincue, j’ai espoir et je lutterai pour.”

Le 101ème département français, pris dans l’œil du cyclone Chido, incarne aujourd’hui un drame qui résonne au-delà de son territoire. Ce phénomène naturel soulève, avec une intensité brutale, la situation dans ce département ultramarin, déjà marqué par de profondes inégalités.

Ce petit bout de France, situé à 8000 km de Paris, est souvent relégué au second plan. Ses problématiques sont pourtant bien réelles : infrastructures fragiles, accès à l’eau intermittent, pauvreté omniprésente, et un sentiment d’abandon qui ne cesse de grandir. Mayotte n’est pas un cas isolé. En Guadeloupe et en Martinique, les infrastructures sont vieillissantes, les coupures d’eau récurrentes et les prix élevés étouffent les budgets des ménages. Ces territoires connaissent également une pollution massive au chlordécone. La répétition des catastrophes naturelles, comme les ouragans Irma et Maria, a renforcé un sentiment d’insécurité et de délaissement face à une reconstruction lente et inefficace.

Chido devient le symbole d’une réalité commune à la France Outre-mer. Les vulnérabilités mises en lumière par ce cyclone sont partagées par l’ensemble des DROM-COM, où les défis structurels restent évidents. Ces territoires, bien que français, sont trop souvent écartés des priorités gouvernementales. Leurs habitants, citoyens à part entière, ont l’impression d’être des citoyens de seconde zone dans une République low cost sous les tropiques. Cette inégalité de traitement sape la cohésion nationale et nourrit un ressentiment légitime.

Malgré les promesses et les défilés Top-Matignon, rien n’a changé sur le terrain depuis le 14 décembre. Le système d’eau et d’électricité reste désespérément précaire, rappelant que la solidarité envers Mayotte ne peut se limiter à des mots : elle doit se concrétiser par des politiques réelles et durables. 

Chido nous rappelle que les urgences climatiques et sociales sont indissociables. Les habitants des Outre-mer ne demandent pas l’impossible : ils réclament ce qui leur est dû, à savoir la dignité, le respect et l’égalité. Ils continuent de se battre, dans l’espoir que leur voix soit enfin entendue. Le moment est venu pour la République d’agir, pour redonner un sens concret à la devise « Liberté, Égalité, Fraternité ».

NDLR : Lien vers la campagne de don de la Croix-Rouge Française ici

Crédit : Association Insulaires