Le 21 janvier dernier, comme à leur habitude, les dirigeants européens unissaient leur voix dans un concert de flatteries à l’encontre du président américain nouvellement investi. Ursula von der Leyen soulignait “la force durable du partenariat transatlantique” et la coopération des sociétés occidentales pour “une plus grande prospérité” et “leur sécurité commune”. Deux semaines plus tard à peine, elle déclarait que l’Union devait “prendre des décisions en dehors de toute émotion ou nostalgie pour un monde révolu, mais plutôt en fonction d’un jugement calculé sur ce qui est dans notre propre intérêt”.
Ce tournant rhétorique, d’une radicalité rare, est à la mesure du défi qui se profile à l’horizon. Je pèse mes mots : l’Europe doit s’imposer ou périr. L’Amérique n’a plus rien d’un partenaire, et pourrait même devenir un rival alors que guerre commerciale et déclarations d’un autre temps visant à annexer Groenland, Canada et Panama d’un même coup, sont désormais monnaie courante. Nous n’avons que nous-mêmes à blâmer : trop longtemps épris de tergiversations sans fin sur l’autonomie stratégique, l’Europe en a oublié de passer à l’action. On louait, presque suppliants, l’aide américaine contre la Russie, contre la Chine, sans voir la résurgence d’un monde dangereux, gouverné par la force.
L’heure est à la douche froide. L’ordre libre-échangiste est aboli, alors que Pékin comme Washington en bombardent les décombres à coup de protectionnisme et de prédation hégémonique. L’Europe doit se réveiller ! Nous ne manquons ni de ressources, ni de technologies pour tracer notre propre chemin. Et pourtant, nous avons laissé croître notre dépendance à chacun des blocs de la nouvelle Guerre Froide qui s’annonce. À Washington nous avons abandonné la défense, ses présidents obligeant les pays européens à s’armer chez eux, quand bien même la France, l’Italie ou la Suède disposent d’industries solides. À Pékin nous avons abandonné le commerce, délocalisant à tour de bras pour le sacro-saint profit, jusqu’à ce que la Chine acquière un quasi-monopole sur les matières premières stratégiques et toute une flopée de biens nécessaires à la transition écologique.
Les dirigeants européens ne semblent pas encore mesurer l’ampleur de la menace. À l’Est, on s’attache à l’image d’une Amérique libératrice, garante de la sécurité post-soviétique, sans voir que depuis Obama et le Pivot asiatique, c’est ailleurs que se porte l’intérêt états-unien. Meloni et Orban, gonflés d’espoir par l’élection de Trump et la montée du populisme sur notre continent, tempèrent la fracture. La France, elle, se positionne frontalement contre les discours de la Maison Blanche : un choix réaliste, seule voie possible contre la conversion de l’Europe en acteur de seconde zone.


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