Que feriez-vous si des inconnus emmenaient un jour un de vos proches, sans que vous ne sachiez où ni pour combien de temps ? C’est le point de départ de Je suis toujours là, film brésilien de Walter Salles sorti en janvier et nominé aux Oscars.
Je suis toujours là raconte l’histoire vraie de la famille Paiva. Rubens Paiva, le père, est un ancien député de São Paulo élu de 1962 à 1964, appartenant au Parti travailliste. En avril 1964, le président João Goulart est renversé par un coup d’État militaire. Le mandat des députés est alors révoqué. Paiva est contraint à l’exil, mais il décide rapidement de retourner au Brésil pour retrouver sa famille. Ils s’installent alors à Rio et Paiva reprend son travail d’ingénieur en génie civil.
C’est là, en janvier 1971, que commence Je suis toujours là. La famille Paiva vit paisiblement, du moins en apparence, dans une belle maison en bord de mer. Les enfants jouent au ballon sur la plage et dégustent le soufflé au fromage de leur mère. La famille a prévu de déménager bientôt sur un joli terrain, près du Christ Rédempteur. Leur vie semble tranquille… jusqu’au jour où la réalité de la dictature se rappelle à eux. Un jour, des hommes armés débarquent subitement et arrêtent Rubens, au prétexte de l’interroger. Eunice, sa femme, ne sait pas qui ils sont, où ils l’emmènent, ni quand il reviendra. C’est le début d’une attente longue et éprouvante, qui la conduira quelque temps en prison, où elle endurera les tortures du régime.
Je suis toujours là s’attache à décrire la vie de cette famille amputée d’un de ses membres, condamnée à attendre désespérément son retour. Outre les plans, qui sont magnifiques, la force du film réside dans cette alternance continue entre les moments de vie et d’insouciance, et l’inquiétude permanente que fait peser la dictature. Celle-ci n’est jamais très loin, comme en témoignent le bruit sourd des hélicoptères, les contrôles de police incessants et la traque des opposants au régime, qualifiés de “terroristes”.
Le film s’inspire du livre éponyme de Marcelo Paiva, fils d’Eunice et Rubens Paiva, paru en 2015. Pour l’anecdote, le réalisateur Walter Salles a lui-même fréquenté la maison des Paiva quand il était enfant, ce qui ajoute encore à l’authenticité du film. Si vous souhaitez en apprendre plus sur cette période récente et tourmentée de l’histoire brésilienne, courez voir Je suis toujours là, ne serait-ce que pour découvrir le personnage extraordinaire d’Eunice Paiva, icône de la résistance à l’oppression décédée en 2018, superbement incarnée à l’écran par Fernanda Torres.

Crédit photo : StudioCanal


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