La haine virtuelle : Ultia face au fléau du cyberharcèlement

Au ZEvent 2021, événement caritatif organisé par le streamer Zerator et diffusé sur Twitch, Ultia dénonçait le comportement et les propos sexistes du youtubeur Inoxtag envers sa petite amie. Les réactions furent sans filtre : insultes, menaces, harcèlement… De nombreux internautes se prétendant « fans » du streamer se sont lancés dans une entreprise de haine contre la streameuse. Ils étaient jugés à partir du 21 janvier dernier au tribunal de Paris.

Du courage, il en fallait pour insulter gratuitement une streameuse derrière son écran. Étrangement, les quatre prévenus en avaient beaucoup moins au tribunal pour répondre de leurs actes. Certains se défilent, ne se rendent toujours pas compte de la situation, d’autres regrettent sans être capables d’expliquer leurs propos, florilège d’insultes et de menaces dont on vous épargnera la lecture. Face à ce harcèlement quotidien, Ultia assure « être la streameuse la plus harcelée de Twitch ». Les conséquences sur sa santé sont évidemment gravissimes : dépression, stress… “Je commence à être à bout”, affirme la streameuse face à cette haine systématique. Ce procès devient le symbole de l’impunité qui règne sur les réseaux sociaux, voire du sexisme ambiant qui infecte les plateformes. Face à cette violence d’un nouveau genre, deux des prévenus ont été condamnés à de la prison avec sursis et un à de la prison ferme. Espérons que cela entraîne une réaction dans le milieu d’Internet et une prise de conscience de tous les créateurs de contenu, chacun hélas démuni face aux comportements de sa communauté…

L’impuissance de la justice ?

Malgré le tournant que représente ce procès, notamment en matière de jurisprudence, les défis restent de taille pour la justice. En effet, sur les 700 harceleurs d’Ultia identifiés, seulement quatre d’entre eux sont passés devant les tribunaux. De même, les plateformes sont pointées du doigt pour leur inaction. Que ce soit sur Twitch, X ou Instagram, la modération est déléguée à un algorithme moins réactif qu’un être humain sur ces questions-là. Les créateurs de contenu se retrouvent alors rapidement submergés par ces insultes. La situation devient incontrôlable et la plupart des plaintes n’aboutissent pas, en raison de leur très grand nombre et de leur complexité. Ce nouveau défi pour la justice nécessitera des améliorations, notamment en matière d’organisation et de législation autour des réseaux sociaux et des plateformes de vidéos. Avec presque 20 000 signalements recensés sur Pharos en 2023, la question du cyberharcèlement n’a pas fini de faire parler d’elle.

Briser l’isolement et se reconstruire

Un autre enjeu majeur dans la lutte contre le cyberharcèlement est l’aide apportée aux victimes. En effet, il n’existe pas de comportement type permettant d’identifier une personne harcelée. Certains signes, comme l’isolement ou l’irritabilité, peuvent apparaître, mais ils n’alertent pas nécessairement l’entourage. De plus, se confier reste une épreuve difficile pour les victimes. Comme l’a confié Ultia, le début de la reconstruction ne peut venir que de soi. Lorsqu’une personne blessée prend conscience de sa situation, elle devient capable de dire « stop ». Elle peut alors chercher du soutien pour briser sa solitude. S’ouvre ensuite une longue phase de reconstruction, durant laquelle les victimes peuvent être accompagnées par des psychologues, des médecins et, lorsqu’elles s’en sentent prêtes, engager des démarches judiciaires. Sortir de cette spirale infernale est une épreuve difficile, mais essentielle pour retrouver la sérénité et tourner la page.

Une illustration de Morgane Perrier

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