Fils d’un champion, Rio Mavuba a tracé son propre chemin, des Girondins de Bordeaux au sacre historique avec Lille. Ancien milieu international avec 13 sélections, véritable leader sur le terrain, il est aujourd’hui consultant et entraîneur. Avec passion, il continue de partager son expérience et les valeurs qui l’ont forgé. Une carrière atypique qu’il nous raconte.
Lana : Rio, ton père, ancien footballeur international zaïrois, a lui-même connu une carrière au plus haut niveau. Comment ton histoire familiale a-t-elle influencé ton parcours ?
Rio Mavuba : J’ai été bercé dans un environnement sportif, avec un père et des grands frères passionnés de foot et de basket, ce qui m’a naturellement influencé. Issu d’une famille nombreuse, j’y ai appris le sens du partage, de l’écoute et de la vie en communauté. Malgré les rudes épreuves de mon enfance, j’ai toujours cherché à avancer et rester positif.
L : En 2014, tu es sélectionné pour disputer la Coupe du Monde au Brésil, 40 ans après ton père. Qu’as-tu ressenti en suivant ses traces ?
Rio : On me parlait souvent de mon père, je n’ai pas eu la chance de le voir jouer, mais les éloges et le respect qu’il suscitait me rendaient fier. Il a marqué les esprits. Disputer une Coupe du Monde, c’était le plus bel hommage que je pouvais lui rendre : un moment indescriptible, une immense fierté pour mes proches et moi. Jouer au Brésil, le pays du football, et avoir la chance de fouler la pelouse, c’était un rêve.
L’ascension fulgurante et les premières sélections en Bleu
L : En 2004, tu es élu meilleur joueur du Tournoi de Toulon, puis, Raymond Domenech te sélectionne contre la Bosnie alors que tu es encore apatride. Quels souvenirs en gardes-tu ?
Rio : Cette année-là, tout s’est enchaîné. J’ai marqué dès mon premier match pro, puis j’ai été appelé en Espoirs et élu meilleur joueur. C’est rare pour un milieu défensif, j’étais fier. À 19 ans, je débute en Ligue 1, enchaîne une vingtaine de matchs et obtiens ma première sélection en équipe de France A. Je me retrouve aux côtés de joueurs que j’admirais, comme Thierry Henry, Barthez, Vieira… Quelques mois plus tôt, je les regardais à l’Euro. Être sur le terrain avec eux, c’était irréel, et ils m’ont bien accueilli. Domenech m’a accordé sa confiance très tôt, et je lui en suis reconnaissant. Je me souviens encore de ma première Marseillaise, un moment unique où j’ai rendu ma famille fière.
L : Tu as mené le LOSC au doublé Coupe de France et Championnat en 2011. Qu’est-ce qui faisait votre force ?
Rio : L’échec de la saison précédente, où l’on a perdu la qualification pour la Ligue des champions, nous a poussé à nous surpasser. Rudi Garcia a su diriger l’équipe et Michel Seydoux a apporté un vrai soutien. L’état d’esprit était incroyable, on avait un objectif commun : progresser et gagner ensemble.
L : En 2012-2013, une blessure t’éloigne des terrains. Comment as-tu vécu cette épreuve ?
Rio : La blessure est arrivée au pire moment, juste après que Deschamps m’ait rappelé en équipe de France et comptait sur moi comme pilier. Après deux opérations des ménisques et plusieurs rechutes, j’ai manqué toute la saison internationale et perdu mon statut de titulaire. C’est un petit regret d’avoir joué en tant que remplaçant.
L : En 2014, la France s’arrête en quart de finale face à l’Allemagne. Quel regard portes-tu sur ce Mondial ?
Rio : Beaucoup de tristesse. L’élimination a été difficile, on prend un but sur coup de pied arrêté, une défaite frustrante. On sentait qu’on avait la place pour aller plus loin. Mais c’était aussi le début d’une nouvelle ère pour l’équipe de France, et on a renoué avec le public, l’une des missions de Deschamps après 2010.
L : Quels joueurs t’ont le plus marqué ?
Rio : Ribéry, impressionnant en équipe de France. Benzema, remarquable par sa qualité d’enchaînement. Lloris et Mandanda, deux monstres dans les buts. Et puis Varane, Pogba et Griezmann : dès leur arrivée, on sentait leur immense potentiel, et ils ont fini par mener l’équipe au titre mondial en 2018.
Le foot comme « école de la vie en accéléré »
L : Aujourd’hui, tu es consultant pour Free FOOT et Téléfoot. Pourquoi ce nouveau défi ?
Rio : Chaque week-end, je suis au plus près de la Ligue 1. Téléfoot, je regardais depuis petit, et ça me permet de garder un œil sur le terrain. En parallèle, j’ai passé mes diplômes d’entraîneur et je suis responsable de la préformation aux Girondins, où j’entraîne les U15 et U14. Mon but est de transmettre aux jeunes, les accompagner dans leur progression et les aider à grandir, tant sur le plan sportif qu’humain, en mettant l’accent sur leur éducation et en leur apprenant à être à l’écoute, à coopérer et à s’entraider.
L : Comment as-tu vécu la relégation administrative des Girondins ?
Rio : On savait que le club était en difficulté économique, et ça devait arriver un jour. Ça a été très dur, surtout pour les jeunes qui avaient des rêves et ont dû tout arrêter ou partir ailleurs. Un coup dur aussi pour les supporters, qui ont toujours été au cœur du club. Il a fallu tout réorganiser. Mais maintenant, comme je dis aux joueurs : on en fait quoi ? On pleure ou on rebondit ? Moi, je choisis de reconstruire et de réécrire l’histoire de la préfo.
L : Merci Rio. On compte sur toi pour apporter un nouveau souffle aux Girondins et continuer d’inspirer les futures générations !
En couverture : Rio Mavuba et les jeunes de la préformation du FCGB. Crédit : Rio Mavuba


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