Un mélange de français et d’espagnol remplit le hall du cinéma pessacais. Du 19 au 26 mars, le cinéma Jean Eustache a accueilli la 42ᵉ édition des Rencontres du cinéma latino-américain, un événement organisé par l’association FAL 33. Cinéphiles comme néophytes se réunissent autour d’un buffet généreux pour la soirée d’inauguration. Cette joyeuse communion illustre parfaitement le thème du festival. El buen vivir. Le bien vivre.
« Le bien-vivre, c’est prendre soin de la planète parce qu’elle assure notre existence à l’infini. C’est aussi prendre soin des humains et vivre collectivement en solidarité », explique Gloria, co-présidente du FAL, devant la foule de spectateurs. « Les films de la sélection révèlent les organisations et les combats de ceux et celles qui luttent pour simplement vivre bien », continue-t-elle avant de laisser place au film d’inauguration, Raiz. L’histoire d’un jeune garçon élevant des lamas dans les Andes péruviennes. D’un côté, son rêve de voir le Pérou se qualifier à la coupe du monde de football. De l’autre, la lutte de la communauté quechua dans laquelle il a grandi contre la compagnie minière qui pollue leurs terres.
Au total, ce sont seize longs-métrages inédits en France et sept courts-métrages qui ont été diffusés, parfois en présence de réalisateurs. Parmi eux, Tamara Uribe, que L’InsPo a eu le plaisir de rencontrer.
Son film Oasis suit les manifestations qui ont secoué le Chili entre 2019 et 2021, et l’organisation des manifestants en assemblée pour écrire une nouvelle Constitution. Si elle n’a pas abouti, cette Constitution reste un moment important selon la réalisatrice. « La Constitution a été écrite par des gens qui n’auraient normalement jamais pu participer à sa création. Tous les peuples indigènes du Chili étaient représentés. Et justement certaines de ces communautés vivent selon le buen vivir, l’équilibre entre les hommes et la nature, une forte connexion avec la terre », explique Tamara.
Tamara est attachée à l’expérience d’aller au cinéma. À une époque où l’on doit former des opinions rapidement, elle aime prendre le temps de réfléchir et de discuter du film avec les autres. Et c’est aussi le but d’Oasis. « Pendant les manifestations, tout est allé très vite, il y a eu peu de temps pour digérer tout ce qui s’est passé », raconte la réalisatrice. « Quand ça s’est terminé, il restait beaucoup de douleur et les gens voulaient juste oublier. Avec Oasis, on voulait que les chiliens puissent réfléchir à ce qui s’est passé et en discuter », poursuit-elle. Mais la force de son film, c’est qu’il peut tout aussi bien parler à un public international. « Les questions qui ont animé le pays, autour de la polarisation politique et la démocratie moderne peuvent parler à tout le monde. Par exemple, quand j’ai présenté le film à Biarritz, on m’a dit que ce film était très français! », s’amuse Tamara.
En couverture : Tamara Uribe devant l’affiche du festival. Crédit: L’InsPo


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