Pendant toute cette rentrée, impossible de ne pas poser le regard sur l’espace hommage dédié à Lisa Girard Fabre, disposé devant la salle Erasme à Sciences Po Bordeaux. Lisa, qui nous a quittés au début du mois d’août, reste présente dans toutes les mémoires.

Un coin de table sombre. Un simple bouquet de fleurs. Un livre noir estampillé « Sciences Po Bordeaux ». En quelques heures, l’ensemble s’est rempli des couleurs les plus vives : à travers les foulards rouges et les bérets noirs, le mini saxophone doré ou sa flûte enchantée, son visage radieux et son périple fabuleux, les crayons pastel et les stylos fluorescents, ou encore les chants dont on devine le rythme et les photos dont on entend les rires. Mais surtout à travers les mots. Les mots venant du cœur. Les mots venant des souvenirs. Les mots les plus beaux ou les plus tristes, qui se sont tous ancrés sur les pages de ce livre, comme pour tenter d’apprivoiser le vide.

Des pages remplies d’amour, de tendresse, de gratitude. De tout ce que Lisa a laissé derrière elle et qui continue de résonner en chacun de celles et ceux qui la connaissaient. Ce livre est devenu bien plus qu’un simple recueil : il est la trace silencieuse d’une présence, le prolongement d’un éclat de vie qui refusait l’ombre. Entre les lignes, on retrouve son rire, sa douceur, ses passions et la lumière qu’elle offrait sans compter. Et peut-être qu’en refermant doucement le livre, on se surprend à sourire, parce qu’on comprend qu’elle n’a jamais vraiment quitté ces lieux.

Et au fil des pages, c’est une autre image de Lisa qui se dessine, celle que beaucoup ont connue ici, dans les couloirs, à travers la musique ou les rires partagés. Lisa, tout le monde la connaissait. Pour beaucoup, elle était « lilicrazyjourney » : ce nom légendaire qu’elle avait choisi pour raconter son périple jusqu’au Cambodge. C’est sûr que son projet, dès le départ, était « crazy » ! Quelle idée de traverser le monde en stop pour aller jusqu’en Asie du Sud-Est ? Et pourtant : elle l’a fait ! Elle a réussi son défi, et brillamment, puisqu’elle tenait un compte Instagram à plus de 20 000 followers et qu’elle récoltait, petit à petit, de l’argent pour l’association qu’elle rejoignait, Pour un Sourire d’Enfant. Qu’on l’ait connue intimement ou simplement aperçue à travers son aventure, son nom seul suffisait à rapprocher, à éveiller un sentiment de familiarité. Elle était comme ça, Lisa.  Autant sur les réseaux que dans les couloirs de l’IEP, elle avait ce don de mettre tout de suite à l’aise. Son secret ? Un ton toujours enjoué et surtout, un grand sourire rayonnant.

Dès la première répétition, les nouvelles recrues, encore intimidées, avaient été aussitôt mises à l’aise par Lisa, reconnaissable entre mille avec ses lunettes cœur et son t-shirt Ricard. En effet, il est difficile de parler de Lisa sans évoquer son passage, plus que fracassant, à la Dé’banda’de. La fameuse Banda de Sciences Po Bordeaux, dont les airs résonnent jusque dans les rues de Condom. Dès sa première année, son surnom « Oh flûte mon vélo » résonnait déjà dans les rangs de la banda, rappelant ses débuts à la flûte traversière avant qu’elle ne se laisse séduire par le saxophone. Elle y a fait ses preuves jusqu’à en devenir Capie en 3A, ce qui lui aura valu le nom de « Dalida Capella » imprimé sur le dos de son polo rouge. Assidue comme jamais, entre deux cours de théâtre, Lisa n’a jamais quitté la banda. Ni son tempérament complètement fou, d’où ce magnifique surnom : Gigarare. Rare comme Lisa en amphi, Lisa sobre. Quelqu’un d’aussi incroyable. 

Finalement, pour toutes celles et ceux qui la connaissaient, elle restera pour toujours Lisa. Cette femme si solaire et joyeuse. Toujours partante pour un verre au Grizzly, un brunch du dimanche matin ou une soirée à thème.

Et aujourd’hui encore, il suffit de passer dans l’Atrium, pour sentir que quelque chose d’elle y demeure. Un éclat de rire suspendu. Un air de musique. Une idée farfelue. Des murmures nous laissant imaginer ses projets les plus fous. Comme si Lisa continuait de souffler sur nos épaules un peu de cette joie qui la rendait unique. Parce qu’au fond, Lisa n’est jamais tout à fait partie. Elle voyage encore. Non plus à travers les continents en tendant son pouce. Mais dans les souvenirs. Les sourires. Les mélodies. Et les cœurs qu’elle a touchés. Et si l’on tend l’oreille, on croirait presque entendre, au loin, une note de saxophone qui s’élève… douce, libre, éternelle.


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