La Traviata, La Flûte enchantée, Wake Up !… L’Opéra national de Bordeaux lance sa saison 2025-2026, partagé entre excitation et questionnements. La crise politique actuelle laisse les acteurs de la culture dans le doute, et les coupes budgétaires annoncées suscitent l’inquiétude. Dans cette période troublée, nous avons eu la chance de rencontrer Gaëlle Seguin-Périn, directrice générale adjointe de l’ONB.
Portrait d’une passionnée
Diplômée d’histoire et passée par Sciences Po Bordeaux, Gaëlle Seguin-Périn s’est toujours engagée pour la culture. Après avoir obtenu le concours d’attaché d’administration, elle travaille pendant plusieurs années en tant que directrice de la culture et du sport dans différentes communes. Elle rejoint l’ONB en 2024 en tant qu’adjointe du directeur général de l’opéra, Emmanuel Hondré.
Ses missions sont multiples : gestion de projets, modernisation du fonctionnement de l’opéra, recherche de partenariats … Pierre angulaire de l’ONB, la directrice adjointe fait le lien entre l’Opéra et ses trois tutelles : la Ville de Bordeaux, la Région Nouvelle-Aquitaine et le ministère de la Culture. Bref, autant de tâches essentielles que passionnantes pour une vie au service de l’art et du public.
Quand l’Opéra sort de ses murs
L’ONB, c’est d’abord une imposante machine culturelle. Sous la direction d’Emmanuel André, trois forces artistiques permanentes donnent le ton : l’orchestre, avec près de 90 musiciens, le ballet, composé d’une quarantaine de danseurs et enfin le chœur, avec environ 40 chanteurs.
En 2024, pas moins de 248 levers de rideau ont eu lieu au Grand-Théâtre, auxquels se sont ajoutées 65 représentations hors les murs. En coulisses, la mécanique est tout aussi précise. Entre la direction administrative et financière, les ressources humaines, la technique ou encore la direction des publics, près de 150 agents œuvrent chaque jour à la réussite des spectacles. Malgré les années Covid, 262 658 spectateurs ont répondu présents en 2024. Une réussite en grande partie permise par les subventions publiques (71% du budget), ainsi qu’à la billetterie et au mécénat.
Mais l’ambition de l’Opéra dépasse ses murs. Avec son projet d’opéra-citoyen, Emmanuel André entend ouvrir l’institution à tous les publics, des scolaires aux personnes en situation de handicap. « On sort de l’opéra traditionnel », souligne Gaëlle. L’ouverture se reflète aussi dans la programmation, avec des concerts de jazz. Et pour l’heure, le pari semble réussi. « L’Opéra se diversifie, nous accueillons de nouveaux spectateurs et proposons plus de places pour les publics prioritaires », résume la directrice adjointe.

Budget ou pas budget, telle est la question
Les rêves de l’Opéra se heurtent à une réalité bien moins réjouissante : la crise budgétaire et ses répercussions sur le secteur culturel. L’ONB doit relever des défis de taille, en poursuivant ses projets malgré des coupes dans ses subventions (– 200 000 € de la Région, – 150 000 € de la Ville de Bordeaux). En proie à l’incertitude, la diversification des revenus devient nécessaire pour l’Opéra, qui active ses premiers leviers. Il développe ses partenariats, notamment avec la métropole de Bordeaux, qui a contribué au financement d’un projet à hauteur de plus de 600 000 €.
Néanmoins, la directrice générale adjointe ne le cache pas : « L’Opéra est inquiet. » Le coût des ressources humaines et de fonctionnement augmente, et certaines séquelles de la crise Covid sont encore vives, avec des postes gelés et des recrutements plus rares. Dans ce climat de flou budgétaire, obtenir des financements relève d’un véritable défi. L’ONB refuse d’augmenter ses prix, mais ne peut compter sur le mécénat d’entreprises, elles aussi en terrain inconnu.
Dans ce contexte difficile, Gaëlle Seguin-Périn rappelle combien la culture est essentielle et se veut rassurante : aucun spectacle ni projet n’a été annulé pour des raisons financières, et l’Opéra national de Bordeaux demeure plus solide financièrement que d’autres structures culturelles plus fragiles. L’ONB attend désormais le prochain budget du ministère de la Culture : si une baisse de subventions a d’ores et déjà été annoncée, il reste à savoir quelle en sera l’ampleur.
Une jeunesse à l’Opéra
Malgré les flous budgétaires, l’Opéra continue de s’engager pour la jeunesse. « Il y a eu une hausse de 150 % d’abonnements jeunes », confirme Gaëlle. Un abonnement qui permet aux étudiants d’assister à une représentation pour seulement 10 euros. Un partenariat avec le Crous est en place, ainsi que des collaborations ponctuelles avec des établissements scolaires. « Lorsqu’on a présenté Carmen, nous avons organisé un débat avec l’université de Bordeaux sur les violences faites aux femmes. Il y a aussi eu un concours d’éloquence avec l’école d’avocats », détaille la directrice adjointe.
Et l’ONB ne compte pas s’arrêter là : concerts découverte, concerts du dimanche, concerts du midi… « On fait même des concerts pour les femmes enceintes », se réjouit-elle. À l’avenir, Gaëlle espère un opéra plus numérique, plus ouvert et surtout plus agile : « L’opéra vit avec son temps, il ne faut pas que ce soit un lieu fermé. »
Seule ombre au tableau : l’instabilité politique, qui demeure source d’inquiétude. Malgré tout, l’ONB avance, convaincu que l’avenir de l’opéra se joue autant sur scène qu’auprès de son public.
Crédit photo : InsPo / Illustration : Timothée


Laisser un commentaire