Des ex-présidents en prison : la contre-attaque de nos démocraties ?

Nicolas Sarkozy en France, Jair Bolsonaro au Brésil… En l’espace de quelques semaines, deux anciens présidents ont été condamnés à des peines de prison ferme. Alors que l’État de droit est assailli par les partisans des ex-chefs d’État, la justice a su rester forte. À nos démocraties d’en tirer les leçons et de faire valoir ses valeurs.

À l’annonce des condamnations de Nicolas Sarkozy, les juges ont eu la joie de recevoir de multiples menaces. Que ce soit par des lettres ou sur les réseaux sociaux, les soutiens de l’ancien chef de l’État ont critiqué le jugement avec violence, remettant en cause la peine. Au Brésil, des manifestants pro-Bolsonaro se sont précipités dans les rues pour exiger l’amnistie de leur idole. Quel triste spectacle. Malgré des années d’enquête face à des crimes exceptionnels (association de malfaiteurs dans le but de financer une campagne pour l’un ; tentative de coup d’État pour l’autre), la justice est non seulement critiquée, mais également remise en cause. Les véritables fautifs seraient des juges « politiques », ayant fait passer leurs idées avant la vérité. Une défense solide permettant sans aucun doute de blanchir… mais pas les mains des condamnés. Il faut les comprendre : des « gens comme eux » n’ont pas l’habitude d’être confrontés à leur propre droit !

Une justice « pareille pour tout le monde » aurait normalement dû nous réjouir. Un président en prison n’est pas le signe d’une décadence, loin de là. Cela montre que nos démocraties sont au contraire saines et rappelle que tout le monde est égal devant la loi. 

Attendez, on reprend. Ça, c’est ce que j’avais écrit avant d’apprendre, le 10 novembre, la sortie de prison de Nicolas Sarkozy, qui effectuera donc sa peine auprès de Carla, à son domicile, habillé de son désormais habituel bracelet électronique. Après seulement 20 jours en prison, au lieu de 1 825, l’ancien président ne dort plus en cellule. Disgrâce. Voilà que la justice se dédouane presque, donnant du grain à moudre à la défense du condamné. Il ne faudrait pas que les Brésiliens s’inspirent de cette libération… eux qui devront bientôt statuer sur l’amnistie potentielle de Bolsonaro.

Alors que les démocraties illibérales gagnent du terrain partout dans le monde, nous aurions pu être fiers d’une justice qui reste impassible. Finalement, celle-ci aura jugé qu’il ne « représente pas de risque suffisant pour justifier son incarcération ». Soit, c’est vrai qu’il ne risque pas de recontacter Kadhafi… Mais quel message est envoyé ? Finalement, la contre-attaque des démocraties n’est pas pour tout de suite. Mais elles ne devront pas tarder : l’État de droit vacille de plus en plus et, à force de se tordre, pourrait bien se rompre.


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