La Nouvelle-Calédonie : une bombe à retardement de plus pour l’administration Lecornu ?

Les défis épineux ne cessent de s’accumuler pour le nouveau gouvernement. Alors même que ce dernier lutte d’ores et déjà à l’Assemblée Nationale dans l’espoir d’adopter un budget qui lui évitera la motion de censure, une autre crise l’attend également 18 000 kilomètres plus loin, au cœur de l’océan Pacifique. Celle que le Premier ministre n’hésite pas à qualifier de “deuxième urgence nationale”, la Nouvelle-Calédonie, se prépare en effet à un vote crucial pour son histoire qui ne cesse pourtant d’être reporté.

Envoyée en mission impossible, Naïma Moutchou s’est donc rendue sur Le Caillou dans l’espoir de parvenir à un nouvel accord avec les membres du Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS). La ministre des Outre-mer a alors eu fort à faire pour sa première visite officielle sur les terres kanakes encore marquées par les violentes émeutes de mai 2024. 

Il faut reconnaître que le contexte n’est pas non plus des plus propices à la discussion. Outre la colère véhémente exprimée par une part notoire de la population locale à l’encontre de l’Hexagone, la ministre se doit également de préserver l’équilibre fragile et fortement contesté  obtenu au préalable par son prédécesseur Manuel Valls. Au centre de la tempête, la loi organique visant à reporter les élections provinciales est ainsi devenue le symbole des incertitudes institutionnelles du territoire. Une mesure jugée indispensable par Paris pour permettre la mise en œuvre de l’accord de Bougival, fruit de négociations ardues durant l’été 2025 entre l’État, les non-indépendantistes et, pour un temps, les indépendantistes du FLNKS. Mais ce consensus fragile n’a pas tenu : le FLNKS s’est retiré, dénonçant un nouvel « énième passage en force » orchestré depuis la métropole. 

“L’urgence” évoquée par Sébastien Lecornu semble donc bien réelle sur le territoire calédonien. Malgré l’établissement d’une nouvelle convention citoyenne anticipée suite à la visite de Naïma Moutchou, la crainte de nouvelles émeutes n’est pas entièrement écartée. En effet, bien que la date du 30 novembre réclamée par le FLNKS pour les nouvelles élections ait pu être repoussée en 2026, celui-ci a refusé toute nouvelle discussion de l’accord Bougival, faisant en conséquence planer la menace d’une reprise des contestations en cas de désaccord avec la métropole. 

Loin d’avoir trouvé une solution, le gouvernement Lecornu s’est toutefois octroyé un sursis en ce qui concerne le cas de la Nouvelle-Calédonie. Mais sur le Caillou, la fracture paraît plus profonde que jamais. À Paris comme à Nouméa, on retient donc son souffle dans l’attente d’une année 2026 qui marquera vraisemblablement un tournant décisif dans cette affaire.

Crédit photo : Congrès de Nouvelle-Calédonie


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