Les Rêveurs, un film “porteur d’espoir” sur la santé mentale des jeunes : première réalisation d’Isabelle Carré

Depuis octobre, j’ai rejoint les Ambasstaches, les ambassadeurs étudiants du cinéma Jean Eustache à Pessac, dont la mission est de faire découvrir le cinéma aux jeunes. Pour notre première interview, nous avons rencontré Isabelle Carré, venue présenter Les Rêveurs, son premier long-métrage en tant que réalisatrice.

Adapté de son livre paru en 2018, le film aborde un thème aussi actuel que peu pris en charge : la santé mentale des jeunes. À l’origine, Isabelle Carré n’avait « jamais imaginé être réalisatrice ». Mais le confinement et « la désespérance des jeunes et leurs hospitalisations» l’ont poussée à franchir le pas : « je me suis dit que ce serait intéressant de mettre en perspective mon expérience avec ce que les jeunes vivent aujourd’hui », explique-t-elle.

Les Rêveurs suit Élisabeth, alter ego d’Isabelle Carré, comédienne animant des ateliers d’écriture à l’hôpital Necker auprès d’adolescents en détresse. À leur contact, elle revit son internement à 14 ans et la découverte du théâtre, qui l’a sauvée. Pour la réalisatrice, le film s’inscrit dans une démarche de pair-aidance : « on est bien placé, quand on a soi-même traversé des épreuves, pour aider, comprendre et parler la même langue que ceux qui les vivent ».

Longtemps, Isabelle Carré a gardé le silence sur son internement, par peur du jugement. Elle souligne d’ailleurs l’absence de représentations de la pédopsychiatrie à l’écran : « je me suis rendu compte en travaillant sur le film qu’il n’y avait pas un seul film, même étranger, qui avait pour décor un service de pédopsychiatrie. Je me suis dit que c’était important que ces jeunes soient représentés pour ne pas ressentir ce que j’ai ressenti à 14 ans : cette honte ».

Refusant tout voyeurisme, elle a souhaité un film empreint de douceur : « je n’ai pas du tout voulu une ambiance à Vol au-dessus d’un nid de coucou ou à Shock Corridor ». Pas d’images « chocs », ni d’enfants « abîmés physiquement » est un choix assumé pour « sortir des clichés et faire en sorte que les enfants concernés ne se sentent pas stigmatisés ». La réalisatrice précise : « au contraire, ce sont des enfants comme les autres, simplement ils traversent quelque chose de compliqué, et le film montre qu’il y a des solutions ».

Isabelle Carré tire aussi la sonnette d’alarme face à la crise de la pédopsychiatrie : « les hospitalisations des jeunes filles de 10 à 15 ans pour tentatives de suicide ont augmenté de 246 % en dix ans », rappelle-t-elle. Avec seulement « 500 à 600 spécialistes sur tout le territoire », certains départements « n’ont rien ». Elle se remémore notamment un article, qui indique qu’il y a 14 lits en pédopsychiatrie pour tout le département de la Loire-Atlantique. L’article précise que cela représente 4,3 lits pour 100 000 habitants mineurs en 2024, contre 16 lits pour 100 000 habitants en moyenne nationale (Actu.fr, 24 septembre 2024).

Pourtant, malgré la gravité du sujet, Les Rêveurs reste avant tout un film porteur d’espoir. « Oui, c’est un film qui dénonce en filigrane, mais c’est surtout un film qui redonne le goût de la vie à ceux qui l’ont perdu », affirme Isabelle Carré. « Le film s’appelle Les Rêveurs parce qu’on a besoin de rêver et de partager des fictions qui nous permettent de nous identifier et de mieux comprendre un monde déjà illisible pour les adultes, alors que dire des adolescents » conclut-elle.

Crédit photo : Léna Garrido


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