Alors que la trêve hivernale a débuté le 1er novembre, des dizaines de familles sont mal logées à Bordeaux. À l’école primaire des Menuts, un enfant sur quatre vivait sans logement fixe en 2024. Les effets sur la scolarité sont terribles. Face à ce fléau, étudiants, parents et municipalité s’engagent.
« Cela fait des années que dans toutes les écoles, les parents d’élèves savent que des enfants sont mal logés et dorment dans la rue », déplore Laure Michel, cofondatrice en octobre 2024 du collectif de soutien aux enfants mal logés à Bordeaux. « C’est en avril 2024 qu’on a voulu alerter largement, avec des banderoles : ‘le jour à l’école, à la rue la nuit’ disposées devant l’école Pas Saint Georges » détaille la mère de deux enfants scolarisés à l’école des Menuts à Saint-Michel. Près d’un an après la fondation du collectif, « 53 familles et 118 enfants ont été accompagnés », relate la Bordelaise.

À l’école, l’impact est énorme. « Quand on dort en tente et qu’il pleut, on se retrouve vite avec des affaires humides et on n’a pas de lieu pour faire ses devoirs. Puis quand on vit au rythme des squats, on arrive fatigués en cours » se désole Maxime Delrieu, étudiant à Sciences Po Bordeaux. « Dans certaines écoles de la ville, ce sont un à cinq voire un à quatre enfants qui sont en situation de mal logement à Bordeaux » ajoute-t-il.
« Créer du lien social »
Fort de ce constat, le Toulousain cofonde, fin 2024, l’association d’aide aux devoirs « Apprendre-Ensemble ». À l’aide d’une cinquantaine de membres actifs, le groupe de quatre amis intervient une heure, tous les vendredis, à l’école primaire des Menuts et du Vieux Bordeaux. « La priorité absolue est d’aider les enfants mal logés, qui, pour certains, ne peuvent même pas être inscrits au centre d’animation le soir, faute de moyens. Ils ont souvent beaucoup de retard car ne peuvent pas être aidés à côté », développe l’étudiant du master économie sociale et solidaire.

« L’association a aussi pour but de créer du lien social, entre les étudiants et des enfants qui sont isolés à la base. Avant, l’école n’existait plus une fois la porte passée. Maintenant, les élèves ont un moment privilégié le vendredi et les professeurs observent un vrai changement » indique le coprésident.
Laure Michel salue cette initiative, mais n’oublie pas que « c’est à l’État de prendre en charge le problème, et surtout à la racine ». Le collectif n’a pas pour objectif de « loger temporairement les familles, sauf en cas d’urgence » raconte-t-elle.
Du local au national
Avec leur groupe WhatsApp de 70 personnes, les parents d’élèves issus de 33 établissements scolaires de Bordeaux, Mérignac et Bègles, répondent à deux objectifs : « On accompagne les familles pour qu’elles rencontrent des assistants sociaux et des spécialistes du logement, le tout avec le soutien du barreau de Bordeaux qui offre la première consultation de bilan avec un avocat puis une aide si la famille va plus loin dans le processus. Et puis on souhaite interpeller les politiques. On a échangé avec énormément d’élus et de collectivités en un an » poursuit la mère de famille.
Pour porter le sujet au niveau national, le collectif de soutien aux enfants mal logés est en contact avec d’autres groupements dans d’autres villes, mais aussi avec la Fondation pour le logement (ex-Fondation Abbé Pierre) et le « Réseau d’Aide aux élèves sans toits ».
Barrière de la langue
L’habitante de Saint-Michel dénonce un « fonctionnement illégal ». En théorie, les familles hébergées jusqu’à deux mois en urgence « ne devraient pas être remises hors des centres sans situation pérenne. Pourtant, c’est bien le cas », regrette-t-elle.
Surtout, la parente d’élève pointe les nombreux « logements vacants de la mairie et des bailleurs sociaux ». Un constat « déchirant » qui a poussé le collectif à unir association et mairie pour tenter d’occuper ces logements : « Trois logements ont été prêtés à trois familles par la mairie. Et beaucoup de logements sont en attente de rénovation et ne peuvent pas être loués : on essaie de les occuper avec l’aide des bailleurs sociaux ».
Apprendre-Ensemble édite ses flyers d’information en cinq langues afin d’aider ces familles, souvent « venues de l’étranger pour se faire soigner, de maladies graves comme des leucémies » précise Laure Michel.

Des familles qui manquent de moyens pour se loger et acheter du matériel scolaire. « On a pu refaire la trousse de certains élèves après avoir vendu des crêpes à Sciences Po Bordeaux. On a aussi obtenu des financements dans le cadre d’un appel à projet, pour acheter du matériel pour l’école » rapporte Romane Mareschal, trésorière et cofondatrice de l’association étudiante.
L’aide est précieuse pour ces personnes qui se retrouvent souvent mises en difficulté dans les démarches, ne serait-ce que pour obtenir une place en hébergement d’urgence. Laure Michel argumente : « Quand ils appellent le 115, il n’y a plus de place. Mais quand nous, on appelle, bizarrement, on en trouve toujours ».
Contacté, le Centre Communal d’Action Sociale de Bordeaux, service de la ville qui vient en aide aux personnes en situation de précarité, et la ville de Bordeaux, n’ont pas souhaité répondre à nos sollicitations.


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