Au cours de la nuit du Nouvel An, un incendie s’est déclaré dans le bar Le Constellation, où l’embrasement du plafond par des feux de Bengale provoqua la mort de quarante et une personnes. La presse s’est largement emparée du sujet, mais avec des lectures parfois pour le moins contestables.
Il est difficilement imaginable que vous soyez passés à côté du drame du Crans-Montana. Cependant, il est peut-être moins probable que vous ayez aperçu la caricature qu’en a tiré Charlie. Visages brûlés, mention détournée « Les brûlés font du ski… La comédie de l’année » et plainte pour atteinte à la dignité, le fameux classico pour les récents Charlie Hebdo.
Pourtant, cette énième polémique autour du journal fait resurgir les interminables débats sur la liberté d’expression et ses contours. Les « On ne peut rire de tout » et les « Et pas avec tout le monde », semblent se multiplier avec une fréquence frappante qui suit les publications des œuvres satiriques. Car on aurait pu attendre de la part des dessinateurs une satire à l’effigie des propriétaires de l’établissement. Accusés d’homicide par négligence et de ne pas avoir respecté les normes risque incendie, il y avait définitivement matière à pointer du doigt. Sauf que, au bout de ses mains, Salch a finalement décidé d’orienter son crayon non pas sur les fautifs, mais sur les préjudiciés.
Mais pourquoi détourner et moquer ceux qui subissent, au lieu d’utiliser leur notoriété pour dénoncer et ridiculiser ceux à blâmer ? Certains diront que la controverse fait partie du charme des dessins de Charlie. Que c’est par le choc, et qu’importe au détriment de qui, que des enjeux émergent dans le débat public. Mais honnêtement, quitte à lancer la première pierre pour attirer l’attention sur un sujet, autant faire en sorte qu’elle atterrisse sur les coupables, et non les victimes. D’autant plus que depuis les caricatures de Gisèle Pelicot ou Niama Award, ce soi-disant charme avait déjà quelque peu perdu de ses attraits. De la caricature d’une scène de viol à celle qui n’est que comparaison raciste, le choc est sans aucun doute là, mais la pertinence, elle, s’absente de plus en plus.
Il n’est pas question d’interdire ou de restreindre les dessinateurs, mais plutôt de les faire se remettre en question. Il n’y aurait aucun sens, qu’importe l’évènement et la personne, à imposer une narrative ou cible à nos supposés défenseurs de la libre parole. L’important ici est simplement de remettre le curseur en place quant aux objectifs de Charlie. S’ils jugent bon de continuer à exclure de leur réquisitoire les bourreaux, soit. Mais qu’ils n’en deviennent pas amers si, aux yeux de leurs lecteurs, leur statut de garde-fou d’une justice des mœurs, est perdu.
Crédit photo : Charlie Hebdo


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