« Crazy pool party in Syria » : quand les influenceurs voyage font la promotion de dictatures

Si je vous dis piscine, gastronomie et visites touristiques, il y a peu de chances pour que la Syrie, l’Afghanistan ou encore le Yémen vous aient traversé l’esprit. Passer vos vacances dans un de ces pays vous semble être – et spoiler alert, ça l’est – une mauvaise idée ? C’est pourtant loin d’être le cas pour ces influenceurs voyage. Ils s’appellent Benjamin Riche, Gustav Rosted, Eva Zu Beck ou encore Tibi Jones. Ils ont entre 159 000 et 4, 5 millions d’abonnés. Et ils ont tous un point commun : avoir fait la promotion du tourisme dans des dictatures ou des pays en guerre.  

Gustav Rosted est danois. En 2024, il publie sur sa chaîne YouTube gus1thego (suivie par 440 000 abonnés) une série de 15 vidéos tournées en Afghanistan, dans lesquelles on le voit aller au restaurant, visiter des sites touristiques ou encore se baigner dans une eau cristalline. L’année d’avant, il avait aussi filmé ses « escapades » au Yémen et en Syrie, pendant lesquelles il dansait dans un bar ou passait une « folle » soirée piscine. On le voit même se faire masser dans un spa, dans une vidéo (très) mal dénommée : « J’ai été torturé en Syrie ». À noter que pas moins de 14 500 personnes ont été torturées pendant les 12 années de guerre civile qui ont déchiré le pays. Mais cela, Gustav ne nous le précise pas. Comme lui, Eva Zu Beck, créatrice de contenu polonaise aux 1,86 millions d’abonnés sur YouTube, a visité la Syrie et le Yémen. Tibi Jones, un influenceur français, a lui « vécu 10 jours avec les Talibans », à travers un vlog censé montrer le « vrai » Afghanistan.

Cette pratique s’inscrit dans la lignée du « dark tourism », le fait de visiter des lieux marqués par la guerre ou par des événements tragiques. Si ce terme est apparu à la fin des années 90, l’attrait pour le tourisme « macabre » serait loin d’être aussi récent. Des touristes auraient notamment assisté à la bataille de Waterloo, en … 1815.

Vlog ou propagande ?

Le phénomène n’est donc pas nouveau. En revanche, ces vidéos sont de plus en plus nombreuses,  ce qui peut poser problème. Car les influenceurs n’abordent (presque) jamais la politique. Pas la moindre mention des milliers de personnes torturées, emprisonnées, ou massacrées par les régimes en place. Et pour cause : les influenceurs sont accompagnés la plupart du temps par des personnes proches de ces dictatures.  En Syrie, France 24 a montré que l’un de ces guides, visible aux côtés de plusieurs influenceurs étrangers, n’était autre que le beau-frère du vice-ministre du Tourisme. Un aspect dénoncé par nombre d’ONG, qui estiment que ces vidéos participent au blanchiment de ces dictatures, voire à les promouvoir et à entretenir leur propagande.

Crédit : @evazubeck sur YouTube

En couverture : @tibijones sur YouTube


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