Des luttes écologiques au cinéma durable : retour sur l’avant-première de Soulèvements

Le 14 janvier dernier, le cinéma Jean Eustache a accueilli l’avant-première de Soulèvements, le nouveau documentaire de Thomas Lacoste. Ce film, dont la sortie nationale est prévue pour le 11 février, propose une immersion au côté de plusieurs militants du mouvement des Soulèvements de la Terre. La projection a été suivie d’un débat animé sur les enjeux de l’éco-production, réunissant Julie Paratian (productrice du film), Léa Dembaga (éco-référente et assistante de production du film), Claire Verlhac (chargée de développement de l’éco-production en Gironde) et Pierre Poymiro (coordinateur d’éco-production).

Soulèvements frappe tout d’abord par sa forme : le réalisateur a laissé 16 militants témoigner à visages découverts, s’exprimant tour à tour sur leurs parcours, leurs engagements et les raisons profondes de leur lutte. Le documentaire retrace ainsi un mouvement de résistance intergénérationnel, confronté en 2023 à une tentative de dissolution par l’État, finalement mise en échec suite à une forte mobilisation.

L’échange qui a suivi la projection a permis de relier les enjeux du film à la réalité technique et éthique que connaît actuellement la production audiovisuelle. Pierre Poymiro a ainsi rappelé que l’éco-production cherche à maintenir l’activité cinématographique malgré les crises énergétiques, tandis que le Conseil du Cinéma (CNC) exige désormais un bilan carbone pour tout financement, ce qui témoigne d’un engagement écologique croissant. Claire Verlhac a quant à elle souligné l’importance du rôle des commissions du film, pour filtrer les demandes de tournage dans des sites protégés mais très prisés, à l’image de la Dune du Pilat.

L’écologie au cinéma ne se limite pas à la mesure du carbone : c’est aussi une question de nouveaux récits et de solidarité humaine. Julie Paratian a insisté sur le fait que le simple acte de réunir des gens dans une salle obscure participe à cette écologie du vivant, en opposition aux rapports purement marchands. Dans les faits, l’adoption de nouveaux rôles comme celui d’éco-référent avant et pendant le tournage permet de tester des solutions concrètes : privilégier les branchements au réseau électrique plutôt que les groupes électrogènes diesel, réduire les déchets ou optimiser les transports et l’alimentation. En structurant ainsi la production, il est possible d’économiser jusqu’à 40 % des émissions, transformant les contraintes environnementales en véritables outils bénéfiques au cinéma de demain.

À la fois parole politique et cinéma durable, Soulèvements s’impose dès lors comme un film choral d’utilité publique, à visionner pour comprendre les luttes écologiques et redonner voix aux résistants, trop souvent réduits au silence.

Crédit photo : AlloCiné