TRIGGER WARNING : cet article évoque des violences sexistes et sexuelles envers les femmes et les minorités de genre.
Face aux violences sexistes et sexuelles dans le milieu festif, la fête s’est réinventée en France et partout dans le monde, pour proposer des soirées « girls only » ou en mixité choisie. L’objectif est d’offrir un cadre de fête plus sûr pour les femmes et les minorités de genre. À Bordeaux, le collectif Médusyne y travaille.
Justine* ouvre l’armoire de sa chambre. Ce soir, elle sort avec des copines dans un bar à Bordeaux pour une soirée « girls only ». Elle choisit une tenue noire, légèrement transparente : « Je n’oserais pas m’habiller comme ça pour sortir dans un bar où il y a des hommes. ». Axelle envoie un message à son amie : elle veut se rendre dans une soirée en mixité choisie à Paris le week-end prochain. Ensemble, elles épluchent les rares options de la capitale.
Réinventer la fête : safe ou safer ?
Les violences sexistes et sexuelles dans le milieu festif se multiplient. Les accusations pleuvent sur les différentes scènes. Sur la scène du rap français, Naps est condamné à sept ans de réclusion criminelle pour viol le 19 février. Ce même mois, la scène techno est tourmentée par les révélations d’un ancien salarié de l’agence Steer, Brad, accusant de VSS, témoignages à l’appui, plusieurs DJ de renom comme Odymel ou Schlomo.
En réaction aux multiples révélations de violences sexistes et sexuelles (VSS) dans le milieu festif, des collectifs féminins et queers comme Médusyne ont imaginé des événements alternatifs : les soirées « girls only » ou en mixité choisie. Implanté à Bordeaux depuis 2018, Médusyne a pour objectif de visibiliser les femmes et les minorités de genre sur la scène et dans son public. Dans leur petit local, dans le centre de Bordeaux, Margaux, chargée de production pour le collectif, réunit son équipe. Elles préparent le dispositif de sécurité qui sera mis en place lors de la prochaine soirée, le 5 mars : « La sécurité de notre public est une priorité. Ça fait entièrement partie de notre manière de concevoir la fête : on choisit nos partenaires, les lieux, les équipes en fonction de ça. », rappelle-t-elle. Elles créent, le temps d’une soirée, un espace pensé par et pour les femmes et les minorités de genre. Celles-ci sont particulièrement touchées par ces agressions. Dans son rapport Nos nuits sous tensions (juillet 2025), l’association Consentis relève que 70.2% des personnes interrogées considèrent que la violence sexuelle apparaît comme la raison principale du sentiment d’insécurité : 48.7% des femmes cis, disent se sentir en insécurité dans des lieux festifs.
Depuis quatre ans, Axelle a choisi ces espaces pour plus de « liberté et de sérénité » lorsqu’elle fait la fête. D’abord dans des soirées Erasmus, puis avec des collectifs français, comme Médusyne, elle a découvert « une autre manière de sortir. ». Depuis, ces soirées se sont popularisées, et les collectifs se sont démultipliés, signe d’un besoin pour les femmes et les minorités de genre de se retrouver dans des endroits sécurisés. Né d’une initiative de Clarisse Luiz en 2019, le collectif La Bringue en est un pionnier. Le pari de la fête sans hommes semble trouver son public : La Bringue s’est développée dans plusieurs grandes villes de France, comme Nantes ou Bordeaux, avant de s’exporter en Belgique et au Luxembourg. Désormais, La Bringue et d’autres collectifs comme La Gadji à Marseille, ouvrent leur soirée à une mixité choisie incluant les minorités de genre. Celles-ci sont aussi la cible des discriminations et des VSS en soirée. L’association Consentis souligne que 46.4% des femmes trans et 63% des personnes non binaires disent se sentir en insécurité dans des lieux festifs. La fête se fait désormais sans hommes cis.
À Bordeaux, Médusyne accorde une place centrale au dispositif de lutte contre les VSS en soirée : « C’est fondamental pour nous. On fonctionne beaucoup avec de la documentation : on utilise des affiches, des cartes préventives. On a aussi des bénévoles, formés, qui font des maraudes, et sont accessibles toute la soirée. On met tout en place pour intervenir en cas de problème. Pour l’instant on n’a pas eu besoin de gérer de situations hautement problématiques », souligne Margaux. Un moyen de rendre les espaces de fête plus sûrs pour les femmes et les minorités de genre.
Le risque zéro n’existe pas
« Attention, des violences existent aussi dans le milieu queer et entre femmes », aime rappeler Axelle. L’objectif de ces soirées n’est pas de se revendiquer entièrement “safe” : « de toute façon on ne le peut pas, le danger existe toujours », assure Margaux. L’inclusivité et la diminution du risque sont au cœur du projet : “Je suis quand même beaucoup moins sur mes gardes dans ces soirées”, affirme Justine. Médusyne soumet une charte à ses partenaires et à son public, pour encadrer les comportements. Ces soirées se veulent “safer.”
Désormais, nombreux sont les clubs et festivals à implanter des dispositifs de lutte contre les VSS, que ce soit par le biais de la formation du staff, ou des applications comme Safer. À croire que cela n’est toujours pas suffisant.
*Tous les prénoms ont été modifiés.
Crédit photo : Rahiti Tchapoo


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