Le mot camarade est beaucoup revenu dans la bouche des prétendants à la mairie le 5 mars, devant les 400 personnes venues assister au débat municipal du Bureau des Médias (BDM) à l’Athénée Municipale de Bordeaux. Tantôt utilisé par les uns pour instaurer la complicité, tantôt repris par les autres sous forme de pique subtile, l’usage de ce terme est venu rappeler au public comme aux candidats que la camaraderie en politique n’est qu’un costume de circonstance, revêtu ici uniquement pour adoucir la bataille verbale qui a fait rage pendant 3 heures.
Il est 20h30 lorsque les onze candidats, à l’exception de Philippe Poutou, commencent à débattre. Animés par plusieurs membres du BDM, les échanges s’articulent autour de quatre grandes thématiques : les transports, la sécurité, le commerce et le logement. Dans la salle, le public écoute attentivement bien que certains semblent déjà quelque peu esseulés, comme en témoignent quelques remarques récoltées ici et là : « C’est qui celle-là ? », « Ça va être très long… ». Une bande son parfaite pour un débat haut en couleur.
Le duel Hurmic/Cazenave, une impression de second tour avant l’heure
Bien que l’on pourrait parler de triptyque, au vu de la popularité de M. Dessertine, c’est bien un duel que le public a pu percevoir entre Pierre Hurmic et Thomas Cazenave.
Le maire sortant a tâché de défendre son bilan : « Exister, c’est résister », déclarait-il en guise de premiers mots. Fort de ses chiffres, il a rappelé les 37 % de piétons bordelais, « premier moyen de locomotion en ville », défendu la piétonnisation « au service du commerce » et vanté la baisse du taux de vacance des locaux, passé de 9,4 % à 7,4 %. Cerise sur le gâteau, il s’est offert une pique très applaudie à propos du stade Matmut-Atlantique, un projet porté par la majorité présidentielle de son rival : « Je me félicite de ne pas avoir bâti ce genre de bâtiment. »
En face, le député Thomas Cazenave, en costume du rival, s’est attaché à se dédouaner de tout, ou presque. À commencer par son propre parti, dont il ne se fait pas le représentant, nous a-t-il affirmé. Un ton professoral, comme dans ce « Vous êtes bien chez vous », lancé à Pierre Hurmic dans un sourire… moins camarade que calculé.
Une opposition fustigée par Mehdi Saboulard (divers gauche), qui les a enjoint à “respecter les autres candidats”.

Petits partis, grandes voix : la revanche des « inaudibles »
« Ceux que l’on entend pas ou peu ». Cette formule employée par Fanny Quandalle (Lutte Ouvrière) pour désigner les petits candidats, sonne à la fois comme un cri du cœur et un aveu d’échec. Cri du cœur d’abord, car il montre leur volonté de peser dans un débat souvent réservé aux “politiques de métier”, défenseurs d’un programme “pour la bourgeoisie”. Aveu d’impuissance ensuite , car ce qui ressort, ce sont six candidats à la gauche de Pierre Hurmic qui n’ont pas su s’unir.
En cause notamment, l’alliance avortée entre Nordine Raymond (LFI) et Philippe Poutou (NPA). Interrogé à ce sujet, ce dernier nous répondait : “On l’a proposé mais on ne pèse pas le même poids électoral au niveau national ; le NPA ne pouvait pas porter cette liste”. Faites mieux, comme dirait l’autre.
“Sentiment d’insécurité”
Un dialogue animé, ponctué d’invectives entre candidats mais aussi de huées du public, notamment en réaction aux discours sécuritaires des candidates d’extrême droite. “Votre manque de politesse n’honore pas Sciences Po”, n’a pas manqué de réagir Julie Rechagneux (RN). Le public aura ainsi relevé la proposition de la candidate Reconquête Mme Bonthoux Tournay, de mettre en place des “caméras IA” à Bordeaux pour lutter contre l’insécurité, ou encore les mots du candidat sans étiquette Philippe Dessertine, évoquant un “sentiment d’insécurité”…
Les membres du BDM se sont évertués à faire respecter les règles du débat, n’hésitant pas à couper la parole des candidats dont le temps de parole était épuisé, voire à rappeler certains faits jugés nécessaires. “Peut-être que la méthode vous déplaît mais ce sont bien les chiffres du ministère de l’Intérieur”, a-t-on ainsi pu entendre dire Anna Pimpaud, présidente du BDM, à la candidate Reconquête.
Celle-ci nous aura délivré une séquence pour le moins inattendue. Invitée par nos médiateurs du BDM à commenter une image où l’on pouvait apercevoir l’Iboat, une boîte de nuit récemment fermée pour des faits de VSS, la candidate n’a pas semblé être au courant des évènements, et s’est attachée à défendre les bienfaits de promouvoir les croisières sur la Garonne. Un naufrage « Titanic-ESQUE. »
Un débat réussi ?
Des retours enthousiastes, notamment pour cet étudiant de première année à Sciences Po : “J’ai trouvé très intéressantes les questions sur les images”, regrettant néanmoins que Hurmic et Cazenave se soient ainsi “tiré la bourre”.
Charlotte Kelle et Anna Pimpaud, co-présidentes du BDM et modératrices de ce débat, en ressortent “très contentes”, bien qu’Anna avoue s’être sentie “décontenancée” par le refus de Sciences Po d’accueillir le débat pour “raisons de sécurité”. C’est donc bien aux étudiants que revient le crédit de ce débat, dont l’organisation à commencé dès octobre dernier, et qui a été salué par l’ensemble des candidats.

Attrapé au vol
Comment ne pas relever cette injonction de Thomas Cazenave, en pleine interview, à Philippe Dessertine : “Ça va ? Tu lis mes messages, j’espère ? Réponds-moi, quand même…”. La proximité affichée entre les deux hommes aurait-elle permis le retrait surprise de Dessertine, dans l’entre-deux-tours, laissant le champ libre à Thomas Cazenave, au terme d’un accord officieux ? “Dessertine voit plus loin que les municipales”, nous assurait par ailleurs un journaliste de Sud-Ouest. De nombreuses questions restent donc en suspens à l’issue de cette course à la mairie de Bordeaux.
Crédits photo : BDM / Clara Planes et Tristan Roca d’Huyteza


Laisser un commentaire